Alors que l’été bat son plein, le Gars-rage, un squat géré par l’association le SQUID (1) est évacué par les forces de l’ordre. Des personnes vulnérables, dont des demandeurs d’asile, se retrouvent à errer dans Bordeaux. Les expulsions estivales trouvent dans l’actualité culturelle un écho absurde. Après Liberté !, la saison culturelle 2021 de Bordeaux s’intitulera Bienvenue (2). On y décèle une certaine contradiction. 

© Laurent Perpigna Iban / Hans Lucas

Mardi 9 juillet 2019, 10h. Les forces de police pénètrent dans un des sept bâtiments gérés par le SQUID, le Gars-rage, et bouclent le quartier.
Les bénévoles sont d’autant plus surpris qu’ils entretiennent des relations régulières avec différents acteurs locaux, et pas des moindres : du 115 aux services de la mairie en passant par Médecins sans frontières. Ces dernières années, le SQUID s’est imposé comme un acteur incontournable de la vie bordelaise, hébergeant au sein de ses différents locaux plus de 300 personnes, soit plus de personnes que le 115, le Samu social.
Juliette, une des bénévoles de l’équipe, peine à cacher sa colère. « Nous appliquons une règlementation interne très stricte afin de permettre le vivre-ensemble : nous exigeons de toutes les personnes majeures qu’elles aient quitté les lieux dès 9h, par exemple. Alors, quand la police est arrivée sur les coups de 10h30, il ne restait donc au Gars-rage que les personnes qui gèrent le bâtiment », explique-t-elle.
Les cinquante autres, elles, sont en ville, et vaquent à leurs occupations. Ce n’est qu’à leur retour qu’elles s’apercevront du drame qui s’est joué ce jour. « Ils n’avaient plus accès à leurs affaires, ni à leurs papiers d’identité », poursuit Juliette.
La préfecture, elle, met en avant la question de la sécurité des personnes hébergées, faisant état dans un communiqué, pour ce qui est du Gars-rage, d’un « risque sanitaire important notamment en raison de la présence d’amiante dans le bâtiment et un risque incendie (branchements défectueux, bouteilles de gaz…) ».
Du côté du SQUID, on enrage. « Nous avons de très hautes exigences en matière d’électricité et de gaz. Nous faisons intervenir des professionnels très régulièrement afin de ne prendre aucun risque, et puis nous sommes parfaitement intégrés dans la vie de quartier… Ce discours ne correspond pas à la réalité. »
Alors que le nombre de personnes hébergées en squat avoisinerait 2 000 individus sur l’ensemble de la métropole, les militants et bénévoles investis auprès de ces publics vulnérables ne cachent pas leur inquiétude de voir des années d’efforts et de travail minutieux balayés d’un revers de la main.
Pour autant, les responsables du SQUID ne versent pas dans le défaitisme. Eux qui gèrent plusieurs bâtiments – dont certains réservés aux femmes, d’autres aux familles – souhaitent maintenir la pression sur les autorités. « On attend des relogements. Mme la Préfète doit respecter ses propres lois. Mais aujourd’hui, elle va se retrouver avec des centaines de personnes en errance, à la recherche d’endroits où poser leurs valises, alors qu’ils étaient installés dans des endroits sécurisés il y a encore quelques heures. »
Car c’est bien cette attitude « schizophrénique » des pouvoirs publics qui irrite le plus ces bénévoles, eux qui rappellent être régulièrement appelés à l’aide par des services sociaux en constante saturation.

Laurent Perpigna Iban


  1. Centre social autogéré, 10 rue Charles-Domercq, Bordeaux.
  2. Également le nom du collectif bordelais mobilisé pour les réfugiés : @bienvenue.mobilisation.pour.les.refugies

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