Figure incontournable de la danse contemporaine depuis 40 ans, Angelin Preljocaj est le chorégraphe des émotions, s’il en est. Preuve par trois spectacles de sa compagnie, le temps d’un soir à Angoulême, puis à Périgueux.
La danse façon Preljocaj ? Exigence physique, langage contemporain qui déconstruit le classique, interprétation sensible, non dénuée de théâtralité, qui touche au cœur. En gros.
Se conjuguent sacré et sensualité
Mais surtout en beauté dans Annonciation, duo créé en 1995. Dans cette courte pièce, qui raconte l’épisode religieux éponyme, Preljocaj saisit ce qui en fait tout le mystère. Cette scène, racontée dans la Bible et peinte par moult artistes de la Renaissance, voit l’ange Gabriel annoncer à la Vierge qu’elle va donner naissance au fils de Dieu.
Là est le miracle : le message divin se concrétise simultanément, le verbe se fait chair. Transposée dans une danse, cette rencontre ne peut que se jouer, essentiellement, par les corps. Se conjuguent sacré et sensualité, autorité de l’être ailé et multiples émotions contradictoires de Marie, étreintes violentes et harmonieuses, sur fond de lutte entre les musiques agressives de Stéphane Roy et le lyrisme du Magnificat de Vivaldi.
- A lire aussi : Opéra de Bordeaux : Flamboyant Dance Theatre of Harlem
Deux êtres qui se cherchent
Pièce créée en 1989, Un trait d’union creuse, elle, l’idée même de relation, avec deux êtres qui se cherchent. Cet autre qui n’est pas moi et qui, pourtant, m’assure de mon existence… Vertigineuse vérité qui ne cessera jamais de nous (é)mouvoir, portée à une intensité décuplée par ces deux hommes s’attirant et se repoussant sur le Concerto pour piano n°5 de Bach.
C’est avec les Larmes blanches (1985) de deux couples que la soirée s’achève. Entre eux, la cruauté avance masquée mais leur séparation est impossible. Du classique dévergondé par du baroque, celui-ci recadré par celui-là, c’est sur cette alternance de styles que se tissent ces liaisons dangereuses.
Hanna Laborde
Informations pratiques
Annonciation. Un trait d’union. Larmes blanches, chorégraphie Angelin Preljocaj
jeudi 26 février, 20h30,
grande salle, Théâtre d’Angoulême, Angoulême (16)
samedi 28 février, 20h,
Le Théâtre, Périgueux (24).