ITINÉRAIRES DES PHOTOGRAPHES VOYAGEURS – Après une fête d’anniversaire des 30 ans plutôt gâchée, la manifestation bordelaise retrouve enfin ses marques, toujours aux aguets des regards contemporains. Revue de détail avec Vincent Bengold, co-directeur artistique.
Propos recueillis par Marc A. Bertin

Van Malleghem
Van Malleghem

17 photographes, 13 expositions, 7 lieux, avril… Serait-ce le grand retour « à la normale » des IPV ?

Certes, nous retrouvons notre habituelle temporalité et notre déploiement dans la ville, mais dans une période toujours aussi complexe et guère enthousiasmante. Alors, on s’adapte, on apprend et on tente vaillamment de reprendre notre rythme de croisière. Il faut du temps pour asseoir correctement un événement.

Quelles sont les nouveautés 2022 ?

Vendredi 8 avril, nous accueillons avec la collaboration de l’association Freelens, une session de sélection du prix Mentor. Cette distinction, décernée chaque année, repose sur 6 sessions ouvertes à des photographes auteurs qui adressent leur portfolio. La sélection se fait devant un jury professionnel et le public, qui est convié,de 10h à 13h, à l’espace Saint-Rémi. Par ailleurs, à l’hôtel Ragueneau, du 7 avril au 1er mai, nous invitons Fotohaus ParisBerlin, créé en 2015 par ParisBerlin>fotogroup et qui met en avant la scène photographique franco-allemande. Cette manifestation est incluse dans notre week-end d’ouverture au public. Le vernissage des IPV, lui, aura lieu le 5 avril à l’espace Saint-Rémi.

On note la présence d’un collectif cette année.

C’est déjà arrivé par le passé, ce n’est pas si rare. Le collectif Lesassociés, fondé à Bordeaux, en 2013, regroupe
photographes, professionnels du son et du film. En 2015, ils ont forgé le concept des « Voyages immobiles », sorte de projections/ débats invitant un ou plusieurs photographes à dialoguer avec eux autour d’une thématique. Une démarche poursuivie avec les membres de ParisBerlin>fotogroup pour le projet « Sauver les corps », montré l’an passé aux Rencontres d’Arles.

Rain Norway©Sébastien Van Malleghem
Rain Norway ©Sébastien Van Malleghem

Beaucoup de travaux en noir et blanc au menu…

…Effectivement, une réelle tendance depuis 3 ans. Cette édition est également marquée par des formats réduits, loin des gestes monumentaux. Nous avons traversé deux années durant lesquelles les photographes ont redécouvert une approche plus intime. Résultat ? Des séries avec parfois des archives, des œuvres plus profondes. L’écriture en N&B correspond à ce moment. Il y a 10 ans, ce n’était que couleur et grand format. Aujourd’hui, le voyage intérieur revient en force, de même que l’argentique. Cette approche, façon foto povera, entre en résonance avec le travail et le désir des photographes.

Le voyage n’est pas que le paysage.

Igor Mukhin l’illustre parfaitement. C’est très urbain, beaucoup d’intérieurs et d’interstices d’un pays. « Générations – De l’URSS à la nouvelle Russie » balaie la Perestroïka et le Glasnost, soit 1985-1991, et a été montré à la Maison de la photographie Robert-Doisneau, à Gentilly. Mukhin a un style très classique, dans une veine du photo-reportage, mais avec une réelle poésie, des moments drôles. Bizarrement, la photographie russe est historiquement peu montrée en France. Aux IPV, nous avons déjà eu des regards sur la Russie mais émanant de photographes étrangers. Mukhin est officiellement le premier Russe invité !

«Aujourd’hui, le voyage intérieur revient en force, de même que l’argentique. »

Gros contingent belge encore…

Sébastien Van Malleghem, auteur de l’affiche, est un habitué, déjà présent en 2017 avec « Nordic Noir », travail d’une douce violence sur l’Islande. Il a beaucoup exploré les prisons, les sans-abri, les morgues mexicaines. « Allfather », présenté auparavant à Courtrai, est un récit hyper-subjectif, puisé en partie dans ses archives, empli de forces telluriques, d’animaux, mais dénué de présence humaine. «Allfather» est présenté à l’espace Saint-Rémi avec « Nada », déambulation mentale de Marie Sordat. Enfin, « Sunset Memory » de Peter H. Waterschoot propose une dérive nocturne entre Belgique et Japon.

ALL FATHER ©Sébastien Van Malleghem
ALL FATHER ©Sébastien Van Malleghem

Comment choisit-on à l’époque du flux ininterrompu d’images ?

Aux IPV, nous présentons de vraies images, de vrais tirages, sur de vraies cimaises. Une vraie photographie, c’est nez à nez. On choisit un papier, une qualité de tirage, une présentation, une scénographie, sans vitre… Ces émotions, on ne les a pas face à un écran. Seul le livre peut autoriser ce rapport intime. Nous sommes adeptes du silence et de la contemplation, du plaisir de revenir sur un cliché. Notre sélection prend place dans de vrais lieux respectant le travail des photographes, le medium et le public. De toute façon, ces dernières années, le souci de la scénographie habite beaucoup de photographes.

Un coup de cœur?

« Trova » de Gilles Roudière. Prévu l’an passé, enfin présenté. Une photographie brute, onirique, poétique, en N&B. Il est désormais regardé comme un maître, il fait école. Une matière avec une incroyable gestion des flous, un retour au mouvement pictorialiste, minutieux et violent. Son livre Trova a été finaliste du prix Nadar 2019 et lauréat du prix HiP 2019 de la monographie d’auteur.

Itinéraires des photographes voyageurs
Du mardi 4 au samedi 30 avril, Bordeaux (33)
www.itiphoto.com