WEE!

Depuis 8 ans déjà, le TAP et le Confort Moderne ont initié ce rendez-vous dédié à toutes les nuances de la musique à caractère électronique. Overdose de beats extatiques au coeur de l’hiver.

Rappel à l’usage des sourds et des malentendants, WEE! n’est pas un festival electro de plus. Certes, WEE! aligne DJ sets, concerts ou siestes électroniques, mais n’a jamais eu l’ambition d’être une rave dans la capitale du Poitou ni une affiche avec les parfums du jour. Au contraire, ici, on préfère choyer le spectateur avec le meilleur du genre.
En outre, l’écoute peut se faire domestique et pas seulement claudiquant (sous l’empire des stupéfiants ou d’un broyé) sur le dancefloor. Preuve en est, la venue de Benoît de Villeneuve et Benjamin Morando, accompagnés de VACARME. Des premiers, aux sérieux CV (Team Ghost pour l’un, Octet et Discodeine pour l’autre), on sait le goût affirmé et la connaissance encyclopédique de la chose ; de Scarlatti au glitch, pour faire court. Des seconds, trio à cordes (déjà croisé au TAP en 2018 à la faveur d’une sieste musicale) composé de deux violons et d’un violoncelle, et fans d’Éliane Radigue, on n’oublie pas que c’est Yann Tambour (Encre, Thee Stranded Horse) qui les a portés sur les fonds baptismaux, en 2012, lors d’une résidence à Toulouse. Leurs retrouvailles, en tout point exceptionnelles, donneront à entendre le concert livré dans le temple protestant de Lourmarin, en 2016, pour le festival Yeah ! Création suivie d’un EP, Artificial Virgins, publié en 2018. Entre école minimale américaine et ambient, synthétiseurs analogiques et glissandi, un must.
Dans une approche relativement similaire, le tandem Chloé/Vassilena Serafimova devrait ravir les oreilles curieuses et exigeantes. En effet, la patronne du BPM hexagonal collabore avec la jeune virtuose percussionniste bulgare depuis 2017, date à laquelle elles réinterprètent Music for 18 Musicians de Steve Reich. Désormais, machines et marimba font cause commune au sein du projet Sequenza, né au studio Venezia, dans le pavillon français de la Biennale de Venise initié par Xavier Veilhan. Résultat ? Plus qu’une belle formule sur papier, un corps à corps instrumental dont la dimension organique s’incarne à merveille sur scène.
Autres retrouvailles, placées sous le sceau du clubbing exacerbé, la soirée Rectangle, dévolue à Shlømo, dont certains et certaines gardent encore en mémoire la prestation hypnotique durant une sieste électro du WEE! 2019. L’étoile montante d’une certaine techno à la française promet un set imparable où la noirceur le dispute à la transe, dans une orgie BPM haut de gamme.
Enfin, histoire de bien assurer la descente, place à la régionale de l’étape : Oklou. Marylou Mayniel (pour l’état civil) a quitté depuis longtemps la douceur poitevine pour l’intensité londonienne après un crochet parisien sans jamais renié ses amours pour un certain r’n’b grand public (de Franck Ocean à Rihanna). Tout à la fois DJ, productrice et chanteuse, difficile de rester insensible à ses rêveries éthérées. Au bord du Clain, on est bien.

Marc A. Bertin

WEE!,
du vendredi 24 au samedi 25 janvier, TAP, Poitiers (86).
www.tap-poitiers.com