MAUD LE PLADEC – À la Manufacture CDCN, à Bordeaux, avec Twenty-Seven Perspectives sur la Symphonie inachevée, la chorégraphe déconstruit la partition de Schubert dans un ballet contemporain foisonnant.

Pour cette pièce, Maud Le Pladec affichait le désir d’une composition sur la disparition de l’œuvre musicale de Schubert. Sur l’invisible de la musique. En fait de disparition, la partition célébrissime arrive diffractée, mais reconnaissable. À la manœuvre, Peter Harden, compositeur complice de longue date de la chorégraphe. La manière qu’il a de répéter, distordre, boucler, tronçonner, aiguise la réception, provoquant une résonance intense. Et la danse alors ? Ils sont dix, et tout commence par leur présence immobile sur un large plateau blanc, recourbé en ses deux bords, tel un tapis volant ou une page blanche, vierge encore de toute chose. Puis, les mouvements surgissent. Épars, démultipliés, insérés dans des phrases individuelles aussi foisonnantes qu’ordonnées. Il y a des doigts pointés intrigants, des jetés déséquilibrés, des fondus au sol coulants. Les gestes des uns contaminent les autres, par touches subtiles. La danse se lit d’autant plus clairement que le plateau est vide, nimbé seulement des atmosphères lumineuses d’Éric Soyer ; blancheur aveuglante, pénombres en contrejour ou bleutés mystérieux.

27 perspectives – Maud Le Pladec ©Konstantin Lipatov

Les regards s’attardent un peu plus sur certains des interprètes, et il y en a ici de merveilleux : le solo délicat de Régis Badel ; la vivacité de Louis Nam Le Van Ho ; les tombés bouleversants d’Amanda Barrio Charmelo, pour ne parler que d’eux. Assez libres pour laisser transparaître leur grande liberté, mais aussi pris dans une chorégraphie millimétrée, où l’unisson est de rigueur. D’où cette impression d’une danse parfois illustrative, collant aux rythmiques, élans, tempos, silences et ralentissements de Schubert-Harden. Moins expérimentale qu’à l’habitude, Maud Le Pladec s’en réfère aux fondamentaux de composition du ballet – rondes, diagonales, portés, solos, duos –, dans une gestuelle contemporaine qu’elle densifie des personnalités singulières de ses danseurs. On le sait, elle est une chorégraphe de la structure, celle de la musique, terreau de la plupart de ses pièces marquantes : la post-minimale américaine pour Democracy ; le compositeur Fausto Romitelli (Professor et Poetry) ; ou des compositrices femmes méconnues (Counting Stars with You).

Dans cette lignée, Twenty-Seven Perspectives relève de la clarté et de la jouissance : parvenant à la fois à rendre plus sensibles et intelligibles les soubassements de l’œuvre musicale, tout en déclenchant un plaisir manifeste à danser, avec, pour, à partir, de la musique. 
Stéphanie Pichon

Twenty-Seven Perspectives
Conception et chorégraphie de Maud Le Pladec, vendredi 17 juin, 20h, samedi 18 juin, 19h30
Manufacture CDCN, Bordeaux (33). lamanufacture-cdcn.org