PASCALE DANIEL-LACOMBE. La directrice artistique du Théâtre du Rivage a longtemps fait de l’adolescence son territoire, avec les créations emblématiques comme À la renverse, Maelström ou Dan Då Dan Dog. L’occasion d’interroger ce choix avec celle qui prendra la direction, le 1er janvier 2021 de la Comédie de Poitou-Charentes, centre dramatique national.

Propos recueillis par Henriette Peplez

Pourquoi cette passion pour l’adolescence ?

L’adolescence est l’endroit de toutes les thématiques. C’est un moment de grande transformation, d’arrachement à l’enfance, d’entrée dans la vie adulte. Toutes les promesses que l’on a pu se faire vont se confronter au réel. Ce moment intense génère un flot de questions qui toutes peuvent être entendues. Pas uniquement par des adolescents mais par tous les publics. Elles sont universelles.

Comment s’adresser aux adolescents ?

Quand je choisis une thématique, elle n’est pas spécifiquement dirigée vers l’adolescence. J’ai par exemple développé un triptyque sur le temps. Ma commande à Fabrice Melquiot, auteur de Maelström, était d’écrire sur un personnage qui aurait du mal à aller vers demain. Cette difficulté à se projeter concerne toutes les générations. Mais en donnant l’âge de l’adolescence au personnage principal, je tisse un lien spécifique avec le spectateur adolescent, qui va s’identifier, s’accrocher à ce personnage pour regarder le monde à travers lui.

Est-il nécessaire d’adapter la langue à celle des adolescents ?

Le risque en le faisant est de faire tomber le texte dans une chose obsolète car la langue des adolescents évolue très vite. Les auteurs font très attention à ne jamais singer la langue du moment. Et s’ils le font, c’est toujours pour une raison dramaturgique précise : s’enraciner dans l’époque, ou la traiter comme un matériau, et faire une poésie de cette langue-là.

Comment capter leur attention ?

Il y a toujours la véritable question de l’écoute dans les représentations destinées au public ado quand il est regroupé. La moindre mouche peut déconcentrer tout le monde. Mais hormis ce souci de concentration, il n’y a pas de nécessité particulière : l’adolescent est un spectateur comme un autre.

L’écoute au casque, comme dans Maelström, change-t-elle leur attention ?

Vera, le personnage de Maelström, est une adolescente sourde, appareillée, et il nous faut l’être aussi pour l’entendre et la comprendre.Au fur et à mesure des représentations, j’ai découvert que l’écoute au casque va très directement dans l’intime du spectateur adolescent parce qu’elle enlève tout un tas de parasites, concentre l’écoute et démultiplie la réception des émotions.

Y a-t-il un risque à être étiqueté « créateur pour ado » ?

Aujourd’hui, auteurs et metteurs en scène commencent à décloisonner leurs travaux et circulent plus librement entre les générations, entre les formes, entre les disciplines. Les adolescents, dans leur culture, sont dix fois plus ouverts que nous l’étions nous-mêmes. Ce grand terrain d’exploration est embrassé par les auteurs. Et c’est extrêmement salutaire.

Quelle place donner aux parents ?

J’ai toujours essayé, dans les spectacles jeunesse que j’ai pu faire, de considérer les parents : c’est dans les croisements de générations que les choses peuvent s’inscrire singulièrement et se réunir. Dans le travail que je vais mener au centre dramatique national, les « nouvelles générations » sont le pivot du projet.

Quelques mots sur ce nouveau projet ?

Il y a 29 000 étudiants dans la ville de Poitiers. Ces jeunes générations sont très complices de mon travail depuis longtemps, il m’a donc semblé évident de travailler avec elles, pour elles. Elles vont être la clé de voûte du CDN. Dans toutes les missions du CDN, j’ai envie de développer des expériences de proximité et de travailler au plus proche des gens, d’ouvrir les travaux des artistes et d’essayer de bâtir ensemble. Je vais m’appuyer sur un vivier d’artistes, comme une ronde pluridisciplinaire. Moi ce que je trouve très exaltant c’est de travailler pour d’autres que moi-même.

Maelström, mise en scène par Pascale Daniel-Lacombe, à partir de 12 ans,

jeudi 5 novembre, salle Bellegrave, Pessac (33).
www.pessac.fr

vendredi 6 novembre, Espace culturel d’Albret, Nérac (47).
www.espacedalbret.fr