CONTES AU PAYS D’ARCADIE

Le mythe de l’âge d’or subjectivement envisagé en onze sections au musée des Beaux-Arts de Bordeaux.

Et in Arcadia ego… « Même en Arcadie, j’existe. » Ainsi, tout partirait du mythique tableau de Nicolas Poussin, Les Bergers d’Arcadie, que longtemps Louis XIV conserva dans ses appartements privés. Cette étrange pastorale, où des bergers déchiffrent un memento mori gravé sur un tombeau, renoue un étonnant dialogue avec les Arcadiens, supposément premiers habitants des montagnes du Péloponnèse.
Allégorie d’un mode de vie certes rustique mais nimbé par une nature idyllique, triomphe de l’harmonie, l’Arcadie, synonyme de félicité, trouve sa première incarnation sous la plume du poète grec Théocrite (IIIe siècle av. J.-C.), qui décrit dans les Idylles les charmes de cette existence entre simplicité et concorde dans son île natale de Sicile. Deux siècles plus tard, les Bucoliques de Virgile, poète latin (Ier siècle av. J.-C.), feront de même pour la campagne italienne.
Thème fécond d’un paradis perdu traversant les siècles, l’Arcadie n’a alors cessé d’inspirer poètes, écrivains et peintres. Rien d’étonnant à y songer : Apollon Nomios gardait les troupeaux du roi Admète, et Pan, dieu de l’Arcadie, était celui de la joie de vivre. Pour autant, cet enchantement forcément fantasmé n’oublie la fragilité de cet éden car l’Arcadie révèle la conscience inquiète d’une trace négative que l’homme civilisé imprimerait à la Terre ainsi que la menace de la guerre.


Au sein du parcours présentant une quarantaine de peintures et d’œuvres graphiques, du XVIIe au XXe siècle, la section « Héros et forces obscures » exhume de fascinantes pièces du cabinet de gravures du musée tel le Pégase de Gaston Redon (frère d’Odilon) ou les stupéfiantes aquarelles de William Laparra pour Les Contes de la Sabine. Plus loin, le lauréat du prix de Rome 1898 foudroie le regard avec Conte de fées, espèce de tableau façon heroic fantasy sous haute influence Nibelungen.
Apparente sérénité où rôde le mal, la toile de Charles-Louis Quinart Renaud dans la forêt enchantée, d’après le poème épique italien La Jérusalem délivrée du Tasse (1544-1595), cristallise ce que le grandiose dégage de menaçant ; même dans un pays idéal, nul n’échappe au destin des mortels.
Sources de rêveries poétiques, ces œuvres ont inspiré les patients et soignants du centre hospitalier de Cadillac (hôpital de jour et CATTP de Villenave-d’Ornon) qui ont inventé deux contes, lors d’ateliers d’écriture, dans le cadre des actions hors-les-murs du musée. Ces récits pour adultes et enfants, accompagnés d’une audiodescription, sont à écouter dans l’exposition. L’accrochage, adapté à la vue des enfants, reflète le parti pris narratif et littéraire et suit le fil de l’histoire des contes.

Marc A. Bertin

« Contes au Pays d’Arcadie »,
jusqu’au lundi 13 juin,
Salle des actualités, musée des Beaux-Arts, Bordeaux (33).
www.musba-bordeaux.fr