CLARK ET POUGNAUD

À Pau, le duo d’artistes français dévoile un panel représentatif des mises en scène subtiles qu’il développe depuis plus de 20 ans.

Elle est peintre, lui photographe. Depuis 1998, Virginie Pougnaud et Christophe Clark fusionnent leurs modes d’expression respectifs dans un travail où le quotidien côtoie le merveilleux, le réel croise le factice. Dans leurs images, le subterfuge ne cherche pas à se dérober. Il s’exhibe dans des jeux d’ombres aberrantes comme dans des décors qui affichent ostensiblement leurs propriétés : celles de maquettes théâtrales peintes, à l’intérieur desquelles s’insère (le plus souvent) un modèle vivant.

Invitant aux suspensions volontaires d’incrédulité, leurs mises en scène nous aspirent dans des atmosphères oniriques où se murmurent les énigmes solitaires d’intériorités suspendues. En témoigne leur ensemble inaugural qui rencontra un succès quasi-immédiat. Présenté il y a 22 ans à la Maison européenne de la Photographie, ce dernier s’attachait alors à rejouer les tableaux mélancoliques d’Edward Hopper (1882-1967).
On retrouve l’hommage rendu à l’artiste américain au sein de l’exposition qui leur est actuellement consacrée à l’espace culturel Le Parvis de Pau. Il s’accompagne d’autres photographies tirées de séries emblématiques. Ces dernières déploient les potentiels narratifs d’atmosphères chamarrées. Dans « C’est la vie », les lauréats 2006 du prestigieux prix de la Fondation HSBC convoquent ainsi l’univers circassien avec les membres du cirque Romanès. Dans « Blondes », ils font appel aux scènes domestiques du peintre suisse Marius Borgeaud (1861-1924). Dans « Une histoire d’amour » encore, des couples posent dans des intérieurs influencés par les toiles de Félix Vallotton (1865-1925) et Edgar Degas (1834-1917). Quand, à travers « Lost in Meditation », c’est le corpus du peintre danois Vilhelm Hammershoi (1864-1916) qui nimbe cette fois-ci les ambiances vespérales, dépouillées, atones, calmes et sereines de leurs photographies.

Ailleurs, se distillent des motifs qui rappellent les mystérieuses architectures de De Chirico (1888-1978) ou les personnages fabuleux du Magicien d’Oz. Enfin avec « Fetish », Clark et Pougnaud font appel aux intarissables plaisirs des jeux de piste : à vous de trouver la femme « dévoilée » qui se dissimule dans chaque nature morte ou mise en scène qui compose la série. Avis aux amateurs de surréalisme, de félicités diaphanes, d’infra-ordinaire et de prestidigitations bricolées à la Méliès !

Anna Maisonneuve

« Clark et Pougnaud – Levers de rideau »,
jusqu’au samedi 26 mars,
Fonds de dotation Le Parvis Espace Culturel E. Leclerc Tempo, Pau (64).
www.parvisespaceculturel.com