DELPHINE HEQUET

Décrire la solitude non pas comme une souffrance mais comme un refuge pour nos monologues intérieurs et nos rêveries. À contrecourant de notre besoin d’hyper-connexion.

En psychanalyse, il est admis que les traumatismes vécus par une génération, tus et cachés à la suivante, éclateront comme une bombe à la troisième. C’est l’histoire d’une famille sur trois générations que raconte Delphine Hequet dans Nos Solitudes, sa prochaine création. À travers le regard d’Alice, une petite fille que l’on rencontrera aussi adulte, elle plonge dans la géographie sensible d’une famille de vignerons bordelais. « J’ai situé l’histoire à la campagne, avec comme toile de fond le monde viticole car c’est là que j’ai grandi, dans un endroit isolé, loin de tout commerce, de toute vie sociale, et où j’ai largement côtoyé la solitude. L’imaginaire devient alors le seul allié contre l’ennui, la peur de l’isolement, et ouvre des paysages infinis. C’est ici que s’est jouée ma rencontre avec l’écriture. »
Impossible de ne pas faire le rapprochement avec Julie Nioche. En 2010, la chorégraphe présentait une performance au titre identique. Chacun de ses membres attaché à des filins reliés à des poids, elle y était suspendue, atteignant un équilibre que chacun de ses mouvements, même minuscule fragilisait. Delphine Hequet s’intéresse aussi à l’équilibre et aux poids. À l’équilibre que chacun de nous recherche entre dépendance aux autres et besoin d’isolement. Au poids des non-dits, des secrets, celui que les familles tentent de taire et qui constituent nos héritages invisibles. En arrière-plan, la solitude n’est finalement qu’un prétexte pour poursuivre sa réflexion sur l’identité entamée il y a cinq ans avec son premier spectacle et « faire parler l’enfance, origine de la construction identitaire ».

Delphine Hequet travaille en immersion. Pour Les Évaporés, sa précédente pièce sur les disparitions volontaires de personnes au Japon, elle était partie y vivre. Ici, au cours de temps d’écriture et de recherche longs soutenus par l’OARA, elle a plongé ses comédiens dans un état de solitude pour construire, à partir de leurs improvisations, les personnages et leur évolution.

Pour le festival Trente-Trente, en 2018, elle écrivait sur le silence avec quatre autres auteurs aquitains. Depuis, elle a choisit de parler. Écoutons-la.

Henriette Peplez

Nos solitudes, Compagnie Magique-Circonstancielle
mardi 4 février, 20h30, l’Odyssée, Périgueux (24).
www.odyssee-perigueux.fr
du mercredi 12, 20h, au jeudi 13 février, 19h,
Théâtre de l’Union, Limoges (87).
www.theatre-union.fr
du mardi 18 au mercredi 19 février, 20h30,
Théâtre Michel Portal, Bayonne (64).
www.scenenationale.fr

Rencontre entre Delphine Hecquet et
Pascale Daniel-Lacombre,
animée par Aurélie Armellini, médiatrice culturelle théâtre, enfance et philosophie – Les Araignées philosophes,
jeudi 20 février, 19h, Théâtre Quintaou, Anglet (64).
mercredi 1er avril, 20h30, Le Gallia, Saintes (17).
www.galliasaintes.com