Mimos, Arte Flamenco, Fest’arts, Rues et Vous, Musicalarue, La Route du Sirque… annulés. La liste des rendez-vous habituels des arts de la rue et de théâtre est aussi longue que déprimante comme un été sans fin de funérailles culturelles. Voici que surgissent des résistances à cette vague de petites morts festivalières post-Covid-19. Ici une version « mini », là des dates repoussées, là-bas des saisons théâtrales qui prennent l’air au balcon ou sur le parvis. On a tenté de dénicher tout ce qui tenait encore debout, même diminué, même reconfiguré.

LES THÉÂTRES FONT DU RAB

Le voyage commencerait tout au nord, sur les hauteurs de Poitiers, au TAP, scène nationale à la saison coupée en plein vol, juste avant son festival de danse À Corps. Pour renouer avec le public avant la rentrée, le grand navire amiral est devenu barquette agile, capable d’imaginer dans l’urgence, une quinzaine de la réouverture, dedans et dehors, musicale et théâtrale. Et surtout gratuite. Les trois orchestres associés – Nouvelle-Aquitaine, Champs Élysées et Ars Nova – proposent chacun une grande soirée concert, le duo Seaphone fait entendre sa pop, Lucie Augeai et David Gernez dansent l’amour courtois et les compagnies de théâtre La Nuit te soupire et Le Théâtre dans la Forêt unissent leurs jeunes talents pour imaginer une pièce de théâtre radiophonique sur les UTOPIES. 

Puisque les festivals capotent, les théâtres font donc du rab. Le Carré-Colonnes a peut-être donné le la avant tout le monde, en plein confinement, annonçant une virée artistique, à cour, à balcon et à jardin. Soit faire revenir dans ses locaux 10 compagnies de la région pour enfin re-travailler et proposer aux habitants des rendez-vous impromptus sans horaire. Juste une date, le samedi, et une compagnie. Un nouveau paradigme qui remue quelque peu ces salles habituées à caler leurs calendriers deux ans à l’avance. On y a déjà vu l’Opéra Pagaï, Jeanne Simone ou Raphaëlle Boitel. On ne saurait rater la rencontre entre la compagnie de danse Volubilis et la Grosse Situation (4 juillet), l’incontrôlable Alix M (18 juillet) et la trapéziste Marlène Rubinelli-Giordano (25 juillet).

LA MAISON CASARÈS, COMME AVANT

Mais repartons vers le nord, direction la belle Maison Maria Casarès, à Alloue, en Charente. On ne change rien, ou si peu, à la belle formule proposée depuis trois étés par Matthieu Roy et Johanna Silberstein, de la compagnie du Veilleur. En leur domaine de la Vergne, 5 hectares d’arbres avec tour, étangs et bâtiment historique, le festival d’été s’étale sur quatre semaines, sur le même principe que les éditions précédentes : petites jauges, quatre spectacles par jour en extérieur, les mêmes l’été durant, des goûters et repas pour accompagner le tout. Avec ce format-là, « par nature, on pouvait continuer », précise Matthieu Roy. Pour cette édition 2020, cela commencera tous les jours vers 15h. Au programme : un parcours sonore de la maison de la grande comédienne, sur un texte de Rémi De Vos, un goûter avec Deux Rien, duo burlesque pour enfants, un apéro avec Prodiges® de Marguerite Navarro monté par le maître des lieux, et un dîner-spectacle autour des Noces, texte de Samira Sedira écrit lors d’une résidence à Alloue, et monté par Jeanne Desoubeaux.

MINI-MINI-CIRQUE

Sur les hauteurs de Nexon, la Route du Sirque – grand raout circassien de trois semaines – a cru échouer dans une impasse sanitaire. Mais pouvaient-ils vraiment tout arrêter ? Non. « Rester distant socialement, c’est pas notre truc. Pas de Route du Sirque, d’accord, mais pas rien non plus. » Alors, quelques semaines après l’annulation, ils montent leur été Multi-Pistes. Soit, à l’image du Carré-Colonnes, des résidences d’artistes estivales – leurs sept artistes associés bien sûr, mais aussi les proches, et ceux qui auraient dû créer pendant le festival – soit seize au total parmi lesquels Quentin Rollet, Stefan Kinsman, Jani Nuutinen, Olivier Debelhoir, Marlène Rubinelli-Giordano… Tous les samedis dès 19h, il est donc recommandé d’apporter son pique-nique et d’apprécier la valse des propositions multiples – quatre à cinq par soirée –, sorties de résidence, impromptus, projets naissants ou déjà bien advenus (voire finis). La liste longue comme le bras s’étire du 18 juillet au 30 août. Mais on vous annonce déjà l’avant-première d’Une pelle d’Olivier Debelhoir, Screws de Vantournhout, un récital clownatoire de Ludor Citrik ou le solo Passages en boîte plexiglas de l’artiste brésilienne Alice Rende. Martin Palisse, maître des lieux, y retravaille son Futuro Antico dans une version courte avec le musicien Cosmic Neman et lance le chantier de sa nouvelle création autobiographique (Time to Tell) avec David Gauchard. On y entendra même Sourdure et Tiger Tigre. Ça commence à ressembler à un presque festival… Gratuit, de surcroît !

RUÉES SUR GARONNE

Dans la vallée de la Garonne, le théâtre de rue a ses droits depuis belle lurette, à La Réole notamment pour Vivacité, festival confetti qui n’a jamais joué dans la cour des grands. Son truc, c’est le convivial, le petit, à quelques centaines de spectateurs, dans les recoins de la mairie, et de son cloître bénédictin, avec vue sur le fleuve, dedans ou dehors. Sur une durée de trois jours habituellement, la version post-post-Covid-19 se ramasse sur un samedi. Le 18 juillet. Le gros de la prog’ est reporté à l’année prochaine. Mais les compagnies bordelaises ont accepté de jouer. Il y aura donc Maman chaperon, spectacle pour enfants de la compagnie Les 13 Lunes, et Ne le dis surtout pas, solo clownesque de la compagnie GIVB, pour finir par un DJ-set de la Petite Populaire. Du 100 % local.

Bastid’art à Miramont-de-Guyenne joue, lui, depuis 27 ans, dans la cour des balèzes de la rue. Annulé dans un premier temps avec une subvention municipale supprimée, il a finalement surpris tout le monde en juin avec l’annonce d’une SoiRue, le 8 août, avec 14 spectacles de rue et un grand concert emmené par les Ogres de Barback. La billetterie est bloquée à 4 000 personnes. Presque une jauge d’avant. « On préfère mourir les armes à la main », annonce le directeur Thierry Jousseins pour qui ce sursaut était nécessaire pour plusieurs raisons : rassembler l’équipe désireuse de bénévoles, renouer avec le monde artistique, mais aussi renflouer les caisses d’une association mise à mal. Parmi les troupes de rue, on retrouvera, en spectacle fixe ou en déambulation, le délirant Kasper et son Pianochopper, les numéros musicaux des Frères Colle ou des Virus, ou le cirque dansé de Si Seulement. Jousseins a même tendu la main aux collègues en proposant une table où les organisateurs de festival annulés peuvent rencontrer le public. Et présenter leur édition 2021. 60 ont déjà répondu à l’appel.

TRÉTEAUX SUR DORDOGNE

Pour finir l’été en théâtre, on piquera vers la vallée de la Dordogne. Exit Fest’arts à Libourne, qui donne rendez-vous en 2021, sans sursaut estival. Il faut s’enfoncer jusque dans le Bergeracois pour retrouver deux festivals de théâtre bien vivants, et, miracle, entiers ! Car dans ces rendez-vous vivifiants et ruraux que sont Pampa et Théâtre du Roi de Coeur, on pense petit depuis le début, et dans une économie de moyens, soit un théâtre des tréteaux dans les champs. L’âge des organisateurs, tous jeunes comédiens et metteurs en scène de moins de 30 ans, n’y est sûrement pas pour rien dans l’envie de jouer, malgré tout. Le TROC a juste repoussé ses dates, histoire d’être sûr de passer entre les mailles du filet sanitaire. Sinon, la recette est la même : des créations répétées tous ensemble en début d’été, des pièces jouées plusieurs fois, mises en scène par l’un, jouées par les autres. Cette année trois créations au tableau, parmi lesquelles Cendrillon de Joël Pommerat, Illusions d’Ivan Viripaev ou Le Suicidé de Nikolaï Erdman et une adaptation de Jean de la Lune de Tomi Ungerer. 

Au Pampa festival, non loin de là (à Port-Sainte-Foy-et-Ponchapt), on crée aussi tous azimuts, entre jeunes comédiens et metteurs en scène, avec une prédilection pour le classique. On refera un Dom Juan monté l’an dernier, mais on découvrira aussi La Vie de Galilée de Bertolt Brecht monté par Matthieu Dessertine, tête pensante du festival, une Médée par Estelle Husson ou La Nuit juste avant les forêts de Benard-Marie Koltès dans un seul en scène d’Anthony Boullonnois. Nouveau venu, Moustafa Benaïbout présentera lui Pinocchio et un cabaret baroque, Burn out Michael Show. Enfin, cerise sur le gâteau, on y annonce la venue de Denis Lavant, en invité surprise pour une lecture et son spectacle La Grande Vie (28 et 29 août). La grande classe.

Stéphanie Pichon

Festival d’été Maison Casarès,
du lundi 27 juillet au jeudi 20 août, Alloue, (16).
mmcasares.fr/ete

Réouverture,
du mercredi 1er au dimanche 19 juillet, TAP, Poitiers, (86).
www.tap-poitiers.com

À cour, à jardin, au balcon,
jusqu’au 25 juillet, Carré-Colonnes, Saint-Médard et Blanquefort (33).
carrecolonnes.fr

Un été Multi-Pistes,
du samedi 18 juillet au dimanche 30 août,
parc du Château, Nexon (87).
www.lesirque.com

Bastid’art, la SoiRue,
samedi 8 août,
Miramont-de-Guyenne (47).
www.bastidart.org

Vivacité,
samedi 18 juillet,
La Réole (33).
www.vivacite.info

Théâtre du Roi de Coeur,
du mardi 11 au samedi 22 août, Maurens et Bergerac (24).
www.theatreduroidecoeur.fr

Pampa Festival,
du vendredi 21 au samedi 29 août, Port-Sainte-Foy-et-Ponchapt (33).
www.festivalpampa.fr