LA NUIT DE LA LECTURE Le TnBA met la lecture en majesté huit heures durant : un plaisir régressif pour les uns, sensuel pour d’autres. L’occasion de découvrir les artistes compagnons que le théâtre accompagne et défend.

Le confinement a donné des envies de lecture aux Français comme en témoignent les chiffres de vente de livres. Aux artistes compagnons du TnBA aussi. Réunis au printemps en visioconférence, ils sont huit (Le Collectif OS’O, Julie Teuf, Bénédicte Simon, Julien Duval et Baptiste Amann, Aurélie Van Den Daele et Vanasay Khamphommala) à avoir creusé la question. « Des romans, des magazines, des essais, des poèmes, du théâtre, un courriel, un graffiti ou un SMS… Il y a mille et une matières à lire, mille et une manières de les lire », écrit Vanasay Khamphommala à ce sujet.
Il est, avec Aurélie Van Den Daele, l’un des derniers arrivés dans la ruche bruissante qu’est le TnBA. C’est en tous les cas ainsi que Catherine Marnas aime à décrire le théâtre qu’elle dirige. S’y croisent des artistes de toutes les générations, auteurs, comédiens, dramaturges, metteurs en scène. Parmi eux, les jeunes artistes compagnons que le TnBA soutient et dont le public, souvent, ignore le caractère d’abeille butineuse et travailleuse.
Pour les faire mieux connaître au public, le TnBA les met en pleine lumière dans l’exercice le plus simple et le plus émouvant qui soit : la lecture à voix haute. Dès la fin d’après-midi, le TnBA ouvrira ses portes, salles, coulisses, loges et recoins en grand, pour que la lecture se glisse partout dans tous les interstices, voire dans tous les orifices (on le verra plus loin).
Piocher avec délectation dans ce marathon de lecture commence par celle du… Menu. L’idée ? S’immerger ou picorer, à droite à gauche, parmi le vaste choix opéré par les compagnons : préparer le bac de français en écoutant des extraits de Noces d’Albert Camus, Le Rouge et le Noir de Stendhal, Une chambre à soi de Virginia Woolf ou par pur plaisir écouter L’Homme-dé de Luke Rhinehart. Alterner avec des passages de grands discours politiques ou des chansons de Bob Dylan, prix Nobel de Littérature. Découvrir de nouveaux textes de théâtre (Poings de Pauline Peyrade). Ou entendre parler des livres, ceux par exemple exhumés de Damas en ruine par une quarantaine de jeunes révolutionnaires syriens et rassemblés dans une bibliothèque clandestine.
Écouter la lecture poétique et intimiste de Julien Duval pour un seul spectateur. Et rester autant que le coeur vous en dira. À moins évidemment d’être endormi dès le début par la lecture des indémodables albums du Père Castor (Michka, Baba Yaga et Roule, roule galette). Ce marathon fait en effet, pour démarrer, la place aux enfants et aux adolescents : une histoire et puis, vite, au lit ! Car une fois les enfants couchés, les adultes peuvent savourer jusqu’au bout de la nuit les propositions de plus en plus sensuelles.
Dernier arrivé dans le clan des compagnons, Vanasay Khamphommala propose, à partir de minuit, des lectures de textes érotiques (La Nuit sexuelle de Pascal Quignard, Au-delà de la pénétration de Martin Page). Quand on vous dit que la lecture se glisse partout !

Henriette Peplez

La nuit de la lecture,
samedi 24 octobre, dès 17h, TnBA, Bordeaux (33).
www.tnba.org