PLAN A

Des œuvres du FRAC Poitou-Charentes côtoyant des planches originales de bandes dessinées, des objets et des documents de L’Association : voilà le topo. Publié depuis de nombreuses années par l’incontournable maison d’édition, Jochen Gerner co-signe le commissariat d’une exposition angoumoisine «sans plan B ni hiérarchie !».

Propos recueillis par Séréna Evely

Comment le projet de «Plan A» est-il né ?

La rencontre entre L’Association et le FRAC Poitou-Charentes s’est faite par le biais d’Elsa Carnielli, responsable des relations avec la presse et les libraires au sein de la maison d’édition; elle vient du monde de l’art contemporain et savait que j’étais moi-même à cheval entre ces deux univers. L’an dernier, lors du festival d’Angoulême, Alexandre Bohn [le directeur du FRAC Poitou-Charentes et co-commissaire de l’exposition, NDLR] nous a proposé de réfléchir à un principe d’exposition qui pourrait confronter des pièces issues de la collection du FRAC et de la bande dessinée. Je me suis dit qu’il serait intéressant de montrer non seulement des planches de bandes dessinées mais aussi tout ce qui fait une maison d’édition : des livres, des documents, du courrier administratif, des identités graphiques, des lettrages… ce qui, habituellement, n’est pas montré et qui peut faire écho à des œuvres de la collection du FRAC.

Quels types de correspondances avezvous cherchés à établir et à montrer entre œuvres issues de la collection du FRAC et objets appartenant à L’Association ?

Dans mon travail, je passe d’un univers à l’autre sans m’en rendre même compte : parfois, je pense à des livres qui, finalement, vont prendre place dans des expositions ou bien je pense à des expositions qui vont devenir des livres. Ayant déjà participé à des expositions qui mêlaient ces deux formes, je ne voulais surtout pas que ça soit un projet en chiens de faïence dans lequel l’art contemporain regarde la bande dessinée et la bande dessinée regarde l’art contemporain! Il n’était pas non plus question d’aller chercher dans les collections du FRAC Poitou-Charentes des œuvres qui fassent penser à de la bande dessinée. L’idée était plutôt de jouer sur des systèmes de pensée similaires. Faire des livres et montrer des œuvres, c’est complètement différent : nous voulions donc trouver des esprits qui se rejoignent et n’avons pas cherché à faire correspondre systématiquement une œuvre avec une pièce issue des fonds de L’Association.

Pouvez-vous nous parler en particulier de certaines de ces correspondances ?

J’apprécie beaucoup le travail de Claude Lévêque et, en particulier, ses pièces «oxymores », qui réunissent des contraires ; dans la collection du FRAC, il y a une de ses œuvres, constituée d’un mur entier de 225 boîtes aux lettres très sombres (Sans titre, 1997). En la voyant, j’ai tout de suite pensé à la masse de courrier que gère mon éditeur à L’Association, car être éditeur c’est faire des livres, mais aussi correspondre avec les libraires, les auteurs, les lecteurs ; c’est quelque chose que ne voit pas le lecteur habituellement. Les notions de minimalisme et d’accumulation présentes dans l’œuvre de Claude Lévêque devraient donc bien fonctionner avec tous ces documents de L’Association que l’on montre dans l’exposition. Il y a aussi des choses qui partent d’un tout petit détail, comme une toile de Martin Barré 75-76-B-145×140 (1975/76) [non présentée dans l’exposition, NDLR], où seul un trait a été tracé à un endroit et un autre dessin dans la collection du FRAC, de Lily van der Stokker, My Stomach Doesn’t Work Anymore (1991), constitué d’une succession de petits traits, comme quand on essaie des feutres dans une papeterie ; ces œuvres entraient en résonance totale avec un petit livre de Baladi qui s’appelle Petit trait : c’est une manière d’être touché de la même façon alors que ce ne sont ni les mêmes formats ni les mêmes supports.

Comment avez-vous cherché à traduire spatialement les liens entre les pièces des deux institutions au sein du FRAC ?

Les œuvres entre lesquelles il y a des correspondances ne sont pas forcément placées au même endroit dans l’exposition et leurs liens ne sont pas soulignés car nous ne voulons pas appuyer trop fortement sur les rapports. Nous cherchons davantage à être dans une espèce d’univers fluide, sans frontière, où il existe des zones de flou. Tout est pensé comme un ensemble cohérent, avec un même esprit, une même direction mêlant différents artistes. Nous espérons construire des chambres d’écho : L’Association essaie de dessiner une collection du FRAC Poitou-Charentes et vice-versa. J’ai vu des œuvres qui ne sont pas de la bande dessinée mais qui, d’un point de vue narratif et graphique, sont complètement dans l’esprit de certaines planches de L’Association! De la même manière, il y a des photographies issues des collections du FRAC qui, bien qu’elles n’aient strictement rien à voir avec des bandes dessinées, pourront renvoyer à des lieux évoqués dans ces récits. Car il y a des cases dans la bande dessinée qui servent de parenthèses temporelles et qui, pour moi, ont un lien direct avec des photographies très silencieuses.

«Plan A», jusqu’au samedi 16 mai,
FRAC Poitou-Charentes, Angoulême (16).
Signatures d’auteurs édités par L’Association
à la librairie de la Cité de la bande dessinée
samedi 22 février.
Fabrique du regard, les ateliers jeune public
(6-10 ans), au FRAC Poitou-Charentes.
Avec la participation de Mai Li Bernard,
les 24 et 28 février.
www.frac-poitou-charentes.org