DAMIEN MAZIÈRES – Artiste impliqué dans divers registres, il a créé un label hybride pour projets sonores et, avec Yann Géraud, The Flesh, une revue inclassable, particulièrement audacieuse et stimulante. 
Propos recueillis par Didier Arnaudet

Damien Mazieres ©Marcus Witte
Damien Mazieres ©Marcus Witte

Qu’est-ce qui a motivé la création de cette revue ?

J’ai créé la revue en 2009 avec l’artiste Yann Géraud. Notre volonté éditoriale s’est orientée dès le début vers l’idée qu’une œuvre d’art est constituée avant tout de choses mentales.

Pour diriger nos recherches dans cette optique, nous avons décidé de travailler uniquement avec des documents d’archives provenant des acteurs du monde de l’art au sens large. L’archive encadre l’œuvre d’art et sa production, elle est présente avant et après. L’archive est à la fois genèse et synthèse, c’est une forme indexée de l’œuvre d’art, elle permet une approche anticipative et déductive. On a un regard qui encadre tout le spectre conceptuel de l’œuvre.

Pouvez-vous définir sa ligne éditoriale ?

La particularité de The Flesh réside peut- être dans sa ligne éditoriale qui s’organise autour de la notion d’archives. Nous avons choisi d’avoir une approche thématique pour nous-mêmes, sans que cette ligne directrice soit donnée aux lecteurs, pour qu’ils puissent rester libres de s’approprier les idées qui appartiennent aux documents, pour qu’ils puissent écrire un récit, avec un principe de montage. Nous avons souhaité mettre en scène les idées dans l’espace de la revue pour que les éléments qui la composent soient utilisés comme des acteurs qui agissent et interagissent pour énoncer un propos.

Comment fonctionne-t-elle ?

L’axe central de notre approche a consisté à ne produire aucun commentaire. Le lecteur est libre de composer son propre jugement. La mise en scène conceptuelle et la forme graphique ont été conçues de manière à créer de la liberté d’interprétation face aux éléments publiés. L’impression en noir et blanc nous a permis d’avoir une approche structurelle « décomplexée » dans le sens où les éléments produits ou reproduits sont précisément « réduits » à des documents pour que l’on puisse en faire le tour, c’est-à-dire les comprendre et en faire la synthèse.

Comment s’inscrit la revue dans vos travaux artistiques ?

Nous avons produit un objet paradoxal, à la fois admis et insoumis. Par la suite, étant artistes, nous avons engagé la revue dans nos recherches et nos travaux. La revue n’est pas disponible en librairie car ce n’est pas un contexte qui lui convient. En revanche, elle s’intègre parfaitement à des systèmes d’expositions personnelles ou collectives. La revue est devenue une pièce à part entière. J’aime cette idée que l’on puisse partir avec un bout d’exposition, c’est une trace qui reste et qui peut se transmettre indépendamment de la volonté de l’artiste, c’est un élément qui devient hors de contrôle.

Quels sont les projets à venir ?

Je voudrais créer une maison d’édition capable d’abriter tous les formats avec lesquels je travaille et toutes les collaborations que j’initie, de l’image en mouvement aux pièces sonores de mon label aarchivessoundd, du support papier au support virtuel, de l’installation à l’exposition. Le prochain projet de The Flesh consistera à réunir les neufs numéros de la revue sous la forme d’une anthologie. Ce sera le numéro dix. Pour la suite, je souhaiterais développer une revue qui serait monographique, presque topographique et travailler
sur des artistes, sans les nommer ni les montrer, mais en développant des corpus de documents comme une aura conceptuelle et poétique. Les éléments publiés viendraient dessiner le contour de l’esprit, le fantôme de l’artiste, comme l’eau dessine une île ou un archipel. La revue s’appellera aarchivess.

theflesh.eu