GRIBOUILLIS.

Nouvelle manifestation bordelaise autour du 9e art, du dessin et de la littérature jeunesse, ce festival déploie une programmation ambitieuse pour sa première édition. Sarah Vuillermoz, qui porte ce projet, raconte sa genèse.

Propos recueillis par Bill Balantine

Sarah Vuillermoz ©Christelle Bellenger

Pourquoi avoir voulu lancer à Bordeaux un nouveau festival bande dessinée et jeunesse ?

J’ai été libraire pendant 15 ans. Après une formation dans la formidable librairie Oscar Hibou, tenue par David Fournol, j’ai passé 11 ans au rayon bande dessinée chez Mollat. Ce fut un grand terrain de jeu, avec la possibilité de mettre en avant la bande dessinée alternative et les classiques que j’affectionne, pour les faire découvrir au plus grand nombre avec de petites expositions et des animations. Toutefois, ce qui m’a vraiment orientée vers la création de Gribouillis, c’est le plaisir de participer à d’autres festivals comme les conférences de l’Escale du Livre ou d’être au comité de sélection du Festival d’Angoulême grâce à Stéphane Beaujean, alors à la direction artistique.

C’est aussi par un festival que je me suis intéressée à la bande dessinée dès l’enfance, en me rendant à Colomiers vers l’âge de 10 ans avec mes parents. Une épiphanie, voir pour la première fois des auteurs dessiner et des planches originales, cela m’a fascinée ! C’est sans doute pour cette raison que Gribouillis a vocation à toucher toute la famille et notamment les enfants.

Il y a aussi ce constat du marché de la bande dessinée qui s’est beaucoup industrialisé, avec un rythme de parution de plus en plus effréné. On subit parfois en librairie ce flux intense de livres…
En lançant ce festival, il y avait donc cette forte envie de ralentir les choix et de mettre en lumière certains travaux d’auteurs, d’autrices et de maisons d’édition qui passent parfois inaperçus.

Pour cette première édition, une dizaine de bénévoles amis et professionnels du livre suivent l’aventure. Et c’est un régal ! On s’est beaucoup amusé à organiser cette grande fête de l’illustré. Je les remercie. On y a mis beaucoup de cœur, on espère dynamiter vos rétines par l’image et que cela vous plaira.

Quels sont les grands axes de cette première édition ?

Il y aura un parcours de 7 expositions dans la ville. Gribouillis essaime dans différents lieux culturels de Bordeaux, de la bibliothèque Mériadeck à la librairie La Mauvaise Réputation, en passant par Le Garage Moderne, le cinéma Utopia et le Musée Mer Marine.

Trois auteurs seront particulièrement mis en avant : Florence Dupré la Tour, Lucas Méthé et Vincent Pianina, à travers des expositions. On retrouvera aussi les illustrations jeunesse d’Anne Herbauts et les Oiseaux de Jochen Gerner à la Maison des Arts. Il a d’ailleurs réalisé notre logo-mascotte et orne la couverture de l’édition de septembre de JUNKPAGE.

Le festival propose par ailleurs un colloque sur l’illustration, dans le cadre du master illustration, tenu par les auteurs et professeurs Julien Béziat et Anne-Perrine Couët.

Le troisième temps s’organise autour d’un salon au Garage Moderne, où l’on retrouvera des éditeurs locaux comme Cornélius, Les Requins Marteaux et La Cerise, ainsi que d’autres maisons alternatives et créatives pour enfants, que j’ai toujours cherché à défendre.

Quel drôle de nom, tout de même…

… le gribouillis peut paraître péjoratif, alors qu’il est un pied de nez au dessin qui se veut beau, académique, un peu lisse parfois, comme peut l’être une partie de la production de bande dessinée. Ce geste expressif du trait est enfantin, joyeux et libre. On réfléchissait à un nom et un dessin de Saul Steinberg (génie du dessin !) nous a sauté aux yeux. Un gribouillis des plus délicats et poétiques. Dans cet esprit du trait agité, expressif et tellement drôle, j’ai proposé une grande exposition à la géniale Florence Dupré la Tour à la bibliothèque de Mériadeck. C’est sa première rétrospective et on avait beaucoup de choses à dire, avec 200 originaux sur 300 m2. Et puis, il y a l’exposition de Lucas Méthé à La Mauvaise Réputation, avec son fascinant triptyque Papa Maman Fiston chez Actes Sud. Un petit chef-d’œuvre méconnu, d’une liberté et poésie folles. Allez-y ! Pour le lancement, jeudi 16 septembre, nous organisons une projection de nuit avec des dessins en direct de David Prudhomme sur la façade de l’Utopia. Sans compter, vendredi 17 septembre, une grande fête pour les 30 ans de la maison d’édition Les Requins Marteaux à la Fabrique Pola.

Cette optique se retrouve aussi dans la littérature jeunesse mise en avant.

Gribouillis est un festival de bande dessinée, mais aussi de littérature jeunesse sous l’angle de l’illustration. On souhaite mettre en avant Les Fourmis Rouges, Memo ; des éditeurs qui ont une approche graphique particulière, de l’ordre du sensible. Ces maisons jeunesse sont un peu l’équivalent des éditions 2024 ou Cornélius, de l’édition de recherche, d’expérimentation, mais aussi de patrimoine. Il y aurait des ponts à faire. Pour les années suivantes, on envisage de faire des expositions de classiques aussi. On cherche à surprendre et susciter de la curiosité chez les visiteurs.

Qui pourra-t-on retrouver lors du salon au Garage Moderne les 18 et 19 septembre ?

Une cinquantaine d’auteurs et d’autrices. Outre celles et ceux exposés, vous pourrez retrouver Simon Roussin, Anne Simon, Nylso, Pauline Martin, Delphine Perret et bien sûr des Bordelais, comme Max Ducos, Alfred, Laureline Mattiussi, Nicolas Dumontheuil ou David Prudhomme.

Il y aura aussi une remise de prix Gribouillis…

Oui ! Je souhaitais solliciter des libraires curieux, passionnés et téméraires pour sélectionner des livres et partager leurs 10 coups de cœur en BD, en album jeunesse et patrimoine. On y retrouve : Mathilde Llobet (Ombres Blanches à Toulouse) ; Andréas Lemaire (Myriagone à Angers) ; Thalie Natkiel (Tropismes à Bruxelles) ; Jean-Gabriel Farris (Le Poisson Lune à Marseille) ; Guillaume Treisnel (Furet du Nord à Lille). Ensuite ce sera un jury composé cette fois de libraires locaux qui désignera un lauréat en BD et en jeunesse avec une dotation de 1 000 euros pour chacun. La remise des deux prix se fera lors de la soirée à Blonde Venus, samedi 18 septembre !

Gribouillis – bande dessinée, livre jeunesse, dessin, du samedi 18 au dimanche 19 septembre, Bordeaux (33).
www.festivalgribouillis.fr