TOUT DOIT DISPARAÎTRE Attention ce slogan n’a rien d’une grande liquidation mais, au contraire, c’est un appel à la mobilisation, à l’imaginaire pour reconsidérer la place de l’art dans la société, lancé par le CAPC musée d’art contemporain.

Dans un contexte de contraintes économiques, de renouvellement des modalités d’exposition et d’accessibilité à un public plus large, des œuvres sont de plus en plus souvent présentées dans des vitrines de rue. Elles se déplacent ainsi des espaces « légitimes » pour investir directement le paysage urbain et devenir les aiguillons de nouveaux désirs de déambulation, de découverte et d’appropriation.

Nicolas Milhé, La garde, 2019

En ce temps de pandémie, Sandra Patron, directrice du CAPC musée d’art contemporain
et commissaire de cette exposition, a décidé de jouer cette carte du « hors les murs » et de placer « l’art où il ne peut se dérober au regard, quelles que soient les restrictions imposées ». Elle propose donc dans des vitrines vacantes du centre de Bordeaux – centre commercial Mériadeck, centre commercial Saint-Christoly et Vitrine des essais –, des œuvres de la collection et des productions d’artistes de la collection. Son choix s’est porté sur des artistes qui utilisent, détournent, métamorphosent des objets du quotidien ou empruntés à la culture populaire, pour des créations qui se nourrissent de notre société de consommation. Par ces objets, le réel devient le matériau et le support des œuvres. Présentées dans des vitrines situées dans des zones commerciales, ces œuvres retournent ainsi dans le contexte qu’elles ont parasité et dans lequel elles reviennent propager l’ambiguïté et donc d’une certaine manière remettre le fer dans la plaie. Ainsi, Caroline Achaintre s’approprie
des techniques traditionnelles avec une prédilection pour l’objet de laine, les vivifie dans une alliance de l’ancien et du moderne et un bain d’influences diverses où l’expressionnisme allemand se frotte à l’imagerie heavy metal
et le design futuriste cherche des échappées du côté du primitivisme. Virginie Barré se Virginie Barré, Simone, 2017 coule dans le moule de registres déterminés (le polar, le fait divers, le fantastique) pour en extraire des personnages, des histoires, des décors baignant dans un mixte de références cinématographiques, d’échos de littérature populaire et de fables qui hantent notre conscience collective.

Dans les films regroupés sous le terme générique de « Grève secrète », Alicia Framis introduit sa caméra et, agissant avec une souplesse qui semble animale, pénètre dans la singularité des espaces d’un musée, d’une banque, d’une rue où tous les individus sont immobilisés, comme frappés par la brutalité, le caractère instantané d’une pétrification. Ici est proposée une plongée dans le CAPC musée, tournée en 2005.

Présence Panchounette, La tour de Babil II, 1985

Derrière les couleurs vives de son univers pop et l’apparente simplicité de son langage graphique, Keith Haring a développé une œuvre militante et engagée : « Je crois que le rôle fondamental d’un artiste, doté d’un tant soit peu de conscience sociale ou politique, est d’exposer sa vision du monde, autant qu’il le peut, pour provoquer la prise de conscience du public et amorcer une réflexion. En face de ceux qui ferment les yeux, je réagis en créant des images de sexe et de violence plus crues, plus évidentes. »

Chez Laurent LeDeunff, les formes, motifs et scènes entretiennent des relations évidentes avec la nature, l’enfance et l’artisanat, produisent de multiples résonances à la fois anecdotiques et anthologiques, et participent activement à l’efficacité de ce mélange de spontanéité et de calcul, de familiarité et d’étonnement.

Dans ses sculptures, installations et vidéos, Nicolas Milhé porte un regard critique sur la société contemporaine et ses dérives sécuritaires, et convoque des éclats d’histoires, de situations et de résonances qui, en se détachant de leurs données premières, produisent des basculements et des chocs déconcertants.

Présence Panchounette, collectif d’artistes, utilise une grande variété d’explosifs inattendus, dans un singulier dosage d’idiotie, de vulgarité et de charge acérée, pour pointer les pathologies du modernisme sous ses formes minimales et conceptuelles, et son rapport à l’objet.
Takako Saito privilégie le jeu comme espace d’expérimentation, de plaisir et d’ingéniosité.
Il lui offre des possibilités de contourner les contraintes du réel et de s’ouvrir à des valeurs positives, susceptibles d’élargir et de densifier le champ de ses investigations et de sa création. Objets, assemblages, sons, performances, son art célèbre le bonheur et l’optimisme sans se couper d’un diagnostic sans complaisance. Sandra Patron entend bien sûr son titre « Tout doit disparaître » dans son acception courante de slogan publicitaire pour attirer le client en quête de bonnes affaires, mais aussi comme une force nouvelle capable de pousser le curseur plus loin et d’inciter à l’espérance, à la confiance et à la solidarité pour « semer les graines d’un vivre ensemble à réinventer ».

Didier Arnaudet

«Tout doit disparaître»,
du jeudi 10 juin au dimanche 29 août,
centre commercial Mériadeck,
centre commercial Saint-Christoly et Vitrine des essais, Bordeaux (33)
www.capc-bordeaux.fr

Virginie Barré – exposition BORD DE MER, Des films et leurs objets – Frac Bretagne. Virginie Barré, Simone, 2017