FAT WHITE FAMILY

Inutile de tortiller du cul, le gang de Peckham est la meilleure chose qui soit arrivée en Angleterre depuis des lustres. Date unique immanquable.

On en aura bien raconté des sornettes à leur sujet. Leur squat dans ce district du sud de Londres – réputé tant pour sa violence que pour être le berceau de Rio Ferdinand –, leur marxisme en chambre, leur penchant pour la boisson et les stupéfiants et tout ce tralala too much too soon propre aux candidats au titre tellement envié de next big thing.
Surtout, la (mauvaise) presse s’est paresseusement focalisée sur Lias Saoudi, sergent-major de cette troupe de va-nu-pieds, grande gueule aux bons mots irrésistibles pour qui le rôle de chanteur s’envisage comme celui d’« un cornichon sur une tartine ». Toujours ce besoin si facile d’un épouvantail destiné à procurer du frisson aux bourgeois…
C’est faire peu de cas du boulot abattu nonobstant la légende sulfureuse en marche : 3 albums (plus l’escapade électronique The Moonlandingz) depuis 2011. C’est oublier également la force créatrice liant Lias Saoudi à Saul Adamczewski, guitariste surdoué à tête de gouape et aux dents toutes croches. C’est mépriser ce subtil condensé de ce que ce pays a su produire de meilleur : l’attitude, l’humour, la sauvagerie pop et la conscience de classe.
Surtout, le parcours déploie une progression dans l’excellence, balayant peu à peu le nihilisme initial au profit de paysages certes tout sauf aseptisés mais riches de nuances jusque-là tues. Point culminant de l’affaire, Serfs Up ! (coucou The Beach Boys) a fermé le claque-merde de tous les haters de salon et autres peine-à-jouir voyant en Ed Sheeran l’alpha et l’omega de la musique populaire. Signé chez Domino, ce troisième format long a pulvérisé toute la concurrence et prouvé que la révolution était bien en marche du côté de Sheffield, nouveau fief du groupe, qui a certainement puisé dans le vaste héritage local de Cabaret Voltaire à Pulp en passant par The Human League.
Un album qui raconte mieux que quiconque l’Angleterre du Brexit et marque un jalon comme en leur temps Metal Box, From the Heart of the Town ou This Is Hardcore.
Dans un monde idéal, Tastes Good with the Money devrait remplacer God Save the Queen. Le thé et les scones auraient meilleur goût encore.

Marc A. Bertin

Fat White Family,
dimanche 2 février, 20h,
Atabal, Biarritz (64).
www.atabal-biarritz.fr