NANDA VIGO – À Bordeaux, le musée des Arts décoratifs et du Design consacre sa nouvelle exposition à cette figure inclassable, disparue il y a deux ans, qui fut tout au long de sa carrière passionnée par la lumière et les modifications incessantes qui l’animent.

Nanda Vigo, lampadaire Linea, Arredoluce, 1969-70 © Ugo Mulas – Archives Nanda Vigo, Milan

Architecture, design, art contemporain… Nanda Vigo n’a jamais eu que faire de ces catégories. Aux subdivisions qui restreignent et cloisonnent, la Lombarde oppose les approches transversales. «J’ai toujours aimé l’art d’une telle façon qu’il me semble impossible de distinguer l’objet quotidien de son influence artistique », écrit-elle en 1983.

Née à Milan, en 1936, Nanda Vigo découvre enfant la célèbre Casa del Fascio de Giuseppe Terragni et la lumière incroyable insufflée à cette architecture. C’est une révélation et les prémices d’une œuvre qui ne cédera jamais aux sirènes de la mode.

Formée à l’École polytechnique de Lausanne, la jeune femme se fait remarquer dès la fin des années 1950 avec ses Cronotopo : des sculptures en verre et acier, murales ou sur pied, qui réfléchissent la lumière et bousculent les notions d’espace et de volume. À la même époque, elle fait la rencontre de Lucio Fontana, le créateur des iconiques toiles monochromes fendues, et celle de l’artiste italien Piero Manzoni, pionnier de l’arte povera et son futur époux. En leur compagnie, Nanda Vigo participe à l’aventure Zero, mouvement d’avant-garde, utopique et iconoclaste en quête de renouveau artistique.

À Bordeaux, une section lui est dédiée, accompagnée par une quinzaine d’autres, lesquelles offrent un éclairage sur nombre de réalisations de Nanda Vigo : de son lampadaire Golden Gate, qui lui vaut le New York Award for Industrial Design en 1974, à ses luminaires, miroirs et sculptures pyramidales baignées de mystique SF, en passant par ses environnements qui nous transportent dans d’autres dimensions spatiotemporelles.

Nanda Vigo, Ambiente Cronotopico, 1968-2021 © Fondation Sozzani

En témoignent celui réalisé en duo avec Lucio Fontana en 1964 pour la Triennale de Milan tout comme l’intérieur réalisé pour la maison prototype imaginée par Gio Ponti (Le Scarabée sous la feuille), qui articule carrelage blanc en all-over, mobilier et œuvres d’art intégrés sans qu’aucun de ces éléments n’interfère l’un sur l’autre. Une quintessence de la vision globale comme l’a toujours défendue cette visionnaire audacieuse, radicale et déterminée.

Anna Maisonneuve

« Nanda Vigo, l’espace intérieur »
Jusqu’au dimanche 8 janvier 2023
Musée des Arts décoratifs et du Design, Bordeaux (33)
madd-bordeaux.fr