FESTIVAL BIARRITZ AMÉRIQUE LATINE

Voici un bel événement cinématographique de rentrée pour requinquer le festivalier encore tout ensommeillé de spritz au sortir d’un été brutal. Une belle arrière-saison et un front de mer à peine cinglé par des vents pas encore automnaux sont cette année encore le cadre de la 28e édition du « FAL », entre le 30 septembre et le 6 octobre.

Septeto Santiaguero – D.R

Si le cinéma pluriel mais non patrimonial reste au coeur du festival, Lucile de Calan, la programmatrice en chef, précise qu’il est question ici depuis près de trente ans de diffuser LES cinémas d’Amérique latine ainsi que LES cultures de ce continent. En effet, pour nourrir les productions ciné, les organisateurs y associent depuis toujours musique, expositions ou littérature. Les plus grands auteurs, parmi lesquels le rare Sepúlveda, sont passés par Biarritz, marquant d’une pierre blanche ce festival qui invitera cette année l’auteur mexicain Jorge Volpi (l’occasion de présenter son nouveau roman, Un roman mexicain : l’affaire Florence Cassez), les Argentins Mempo Giardinelli, Cristian Perfumo et Néstor Ponce. 

Lors de la création du festival, en 1991, Biarritz s’est très vite imposé comme une ville éminemment stratégique. Les liens entre le Pays basque et l’Amérique latine sont historiques et vivaces, qu’ils renvoient aux fortes vagues de migrations du xixe siècle ou à l’accueil des réfugiés des dictatures d’Amérique latine des années 1970. Une interaction qui amena les populations à se côtoyer et à se connaître. Lucile de Calan indique à ce propos que l’acteur argentin Nahuel Pérez Biscayart (120 battements par minute, Au revoir là-haut, etc.), invité au jury du festival l’année dernière, possède encore de la famille au Pays basque.

Habituellement, pour chaque édition, la manifestation met un pays à l’honneur. Cet automne, après une préparation de deux ans, le comité, sous la houlette de son président, a porté son choix sur la Patagonie ; région ô combien emblématique de ce continent. De Francisco Coloane à Jules Verne en passant par Magellan, peu d’endroits invoquent un imaginaire aussi puissant. Inspirante et fictionnelle, à la fois espaces géographiques, évoquant le Cap Horn ou la Terre de Feu, et espace de fiction, cette terre inspire également les cinéastes. Patricio Guzmán avec son Bouton de nacre ou Niles Atallah avec Rey – tous deux présents à Biarritz pour accompagner leurs films aux côtés de 7 autres réalisateurs chiliens et argentins – s’empareront des questions historiques, sociétales ou politiques inhérentes à la région du Grand Sud. Autant de fenêtres ouvertes sur la Patagonie bien éloignées des images d’Épinal… 

Lucile de Calan doit prendre en compte un public exigeant, demandeur et curieux qui aurait peu apprécié qu’on lui présente une carte postale patagone et des Mapuches à coiffes traditionnelles. En une semaine les organisateurs comptent encore une fois sur une affluence importante estimée à 35 000 festivaliers. Un succès qui va bien au-delà des frontières basques. Le festival se targue aujourd’hui d’avoir initié l’engouement actuel – nous pensons à Rojo ou encore aux Aux oiseaux de passage – pour un cinéma d’Amérique latine contemporain et riche, longtemps cantonné aux grandes figures tutélaires et fondatrices ou encore revisitant éternellement les dictatures ! 

La jeunesse flamboyante des réalisateurs et cinéastes marquera cette année encore de son empreinte un rendez-vous et des festivaliers habituellement confrontés aux beaux et vieillissants garants d’un cinéma européen à l’histoire longue comme un bras. Ce cinéma d’Amérique latine dans le sillage par exemple de Kleber Mendonça Filho (Aquarius) se veut désormais plus universel et ouvert. 

Le FAL tissera donc son édition 2019 autour de la Patagonie avec, côté cinéma, une sélection d’une dizaine de fictions et documentaires chiliens et argentins ; et, côté littérature, un hommage à l’immense auteur chilien Francisco Coloane, le Jack London des terres australes, en présence de son traducteur français, une rencontre avec Cristian Perfumo, jeune auteur argentin dont les romans policiers sont nés de l’univers patagon ; le concert d’un compositeur et poly-instrumentiste d’origine mapuche, Newen Tahiel…

Durant cette semaine, soixante-dix films, inédits pour la plupart, dont une trentaine en compétition officielle (fictions, documentaires et courts métrages). Lorsqu’on questionne enfin la programmatrice sur les moments forts de cette 28e édition – question intemporelle de journalistes à court de question –, dont le sous-titre, faut-il le rappeler, est « cinémas et cultures », elle n’esquive pas et s’arrête sur la présence exceptionnelle des Cubains du Septeto Santiaguero, en concert unique à la Gare du Midi, à Biarritz, le 2 octobre. 

Finalement assez heureux de l’exhumation de Coloane, nous nous montrerons très curieux à l’idée de rendre hommage à une terre de 800 000 kilomètres carrés et à ses populations avec plus de bienveillance que Magellan. Henry Clemens

Festival Biarritz Amérique latine, du lundi 30 septembre au dimanche 6 octobre, Biarritz (64).

www.festivaldebiarritz.com