RÉMI CHAYÉ

Invité de la 16e édition du festival Les Toiles Filantes, le réalisateur du très remarqué film d’animation Tout en haut du monde revient sur l’importance de ce rendez-vous et sur son dernier opus Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary.

Propos recueillis par Henry Clemens

Quel lien entretenez-vous avec Les Toiles Filantes ?
Je connais le festival depuis Tout en haut du monde, à travers quelques personnes qui l’animent. J’ai des liens amicaux avec Raphaëlle Ringeade, chargée de mission éducation au cinéma du cinéma Jean Eustache à Pessac. J’étais également venu à Bordeaux en résidence à Lormont dans une maison louée par la société de co-production Marmitafilms de Martine Vidalenc.

Que représente un tel festival pour un réalisateur comme vous ?
C’est un rendez-vous que j’aime beaucoup. La programmation est ludique, variée et exigeante. Comme spectateur, j’y ai découvert quelques bijoux. Comme réalisateur, cela permet de rencontrer le public. C’est riche et passionnant. Les gens qui organisent de tels événements sont très importants pour le cinéma. Ils connaissent les films et leur public. Ce sont les passeurs qui amènent nos films aux jeunes et aux moins jeunes.

Vous allez présenter Calamity au Cartoon Movie puis aux Toiles Filantes ?
Oui, aux Toiles Filantes nous allons faire une présentation de la fabrication du film et, au Cartoon Movie, nous allons montrer quelques minutes du film. Cartoon Movie, qui se tient au Palais des Congrès, du 3 au 5 mars, est un événement qui a pour vocation de faire se rencontrer les producteurs européens autour de projets de longs métrages d’animation. C’est un moment clé pour nous : il a permis à un film comme Tout en haut du monde d’exister.

Pouvez-vous nous parler de Calamity ?
C’est un film pour enfants. J’en ai eu l’idée en 2015 après avoir vu un documentaire sur Calamity Jane, où j’ai découvert qu’elle avait migré avec sa famille par la route de l’Oregon. Cette route mythique, empruntée par les pionniers pour aller vers l’Ouest, forgea son caractère. Un voyage pendant lequel, disait-elle, elle avait appris à chasser, à faire du cheval. J’ai imaginé la jeune Martha Jane Cannary – son vrai nom – découvrant la vie des garçons et la liberté qui va avec ! J’ai demandé à Sandra Tosello et Fabrice de Costil – déjà présents sur Tout en haut du monde – de s’associer à moi pour l’écriture du script. Nous l’avons présenté à Henri Magalon de Maybe Movies. Le film, quasi fini, sortira courant 2020. Nous allons présenter un work in progress du film lors du festival, évoquer sa fabrication sur la base d’extraits, il s’agira d’une sorte de masterclass illustrée.

Tout en haut en monde convoquait un univers assez littéraire, qu’en est-il de Calamity ?
Il y avait effectivement quelque chose d’assumé qui faisait référence à Jules Verne, une aventure très xixe siècle avec une certaine gravité. Calamity est plus léger, convoque un personnage tonique et brusque de l’Ouest américain, habillé soit en garçon soit en fille ! On promeut l’idée que l’élégance ne va pas avec les gènes, qu’une fille a un droit à la brusquerie. La féminité n’est pas de facto associée à l’élégance. Sacha dans Tout en haut du monde était peut-être un peu lisse et en retrait par rapport à sa quête, Calamity est un personnage très fort. On s’est beaucoup amusé à l’écrire.

Quelle importance avez-vous donnée à la musique ?
Cette fois-ci, j’ai travaillé avec Florencia Di Concilio, que j’avais découverte à travers la musique du très beau film Ava. Contrairement à Tout en haut du monde, où nous jouions le contre-pied pop, pour Calamity nous avons choisi des tonalités bluegrass, plus ancrées dans l’histoire que nous racontons.

Les Toiles Filantes : « Sur la route », du lundi 2 au dimanche 8 mars, Cinéma Jean Eustache, Pessac (33).
lestoilesfilantes.org