Récemment livrée, l’extension de la fabrique Pola, située sur la rive droite de Bordeaux, marque une nouvelle étape pour cette structure dédiée aux arts visuels. En compagnie de son directeur, Blaise Mercier, et des architectes du projet, Samira Aït-Mehdi et Sylvain Latizeau de La Nouvelle Agence, retour sur un programme frugal propice aux synergies collectives.

Vous avez peut-être déjà vu cet entrepôt de métal blanc sur la rive droite de la Garonne : un long volume horizontal, scandé de portiques vitrés et prolongé d’une tour siglée de noir et blanc. Cet ancien hangar appartenait autrefois à une entreprise de peinture en bâtiment, avant de devenir propriété de Bordeaux Métropole.

Fondée au début des années 2000, l’association Pola avait migré dans plusieurs lieux alternatifs, avant de rejoindre la rive droite avec le pari d’accompagner une consolidation de la filière artistique. Six ans après son installation, la vocation du lieu se confirme, d’autant plus dans un contexte où la précarité des artistes s’accroît !

Cultiver l’esprit d’ouverture

Chez Pola, on cultive l’esprit d’ouverture. Quand Blaise Mercier, son directeur, présente le projet ailleurs en France, c’est souvent ce qui interpelle. « La Fabrique Pola est très identifiée pour son éclectisme. D’une part, sa capacité à être un outil de territoire au service des arts visuels. D’autre part, un interlocuteur d’autres filières : aménagement urbain, économie sociale et solidaire, livre… »

La singularité architecturale du lieu, lauréat du prix du Projet citoyen, est à la mesure de cette vision décloisonnée. La Fabrique Pola a été conçue par La Nouvelle Agence, fondée par Samira Aït-Mehdi et Sylvain Latizeau (avec leur associé Jean-Philippe Dat-Sénac). Amis d’artistes et de collectifs comme Le Bruit du Frigo, les architectes sont aussi résidents de Pola. Ils interviennent dans le cadre de commandes publiques – pour le tramway de Bordeaux avec La Maison aux personnages ou Les Fées – tout en construisant des logements pour des bailleurs sociaux comme Aquitanis.

Concertations avec les résidents

Une première phase d’aménagement de la Fabrique Pola avait été livrée en 2019 pour rendre le bâtiment fonctionnel. Six ans après, cette extension vient quasiment doubler la surface existante ! En 2019 comme en 2025, chaque phase a fait l’objet de concertations avec les résidents pour une réponse architecturale au plus près des usages.

Le découpage du bâtiment en séquences favorables aux rencontres alterne un grand espace d’exposition accessible au public, des bureaux et des ateliers, des zones de production pour les œuvres plus imposantes, le tout desservi par des coursives en mezzanine. Côté Garonne, les ouvertures cadrent le paysage mouvant du fleuve, apportant une belle lumière dans les ateliers.

Depuis ses débuts, la Fabrique Pola devançait déjà les questions de frugalité. Les moyens financiers étant limités, il a fallu miser sur la créativité et la sobriété. Cela se traduit par une écriture architecturale très simple, avec une palette concise de matériaux : ossature bois, un peu de béton, très peu de second œuvre… La typologie des espaces a évolué avec le projet commun et sa diversification.

31 structures et 140 travailleurs

La Fabrique Pola compte aujourd’hui 31 structures et 140 travailleurs. Les « Habitant.e.s », comme ils se nomment eux-mêmes, peuvent être des artistes confirmés ou de jeunes talents. De la même façon, les productions réunissent aussi bien des pièces de petites tailles (céramique, multiples imprimés) que des installations monumentales, notamment pour le 1% artistique.

Parmi les nouveautés de l’extension, la « Halle d’essai » permet de tester des mises en situation ou de présenter un travail à un acteur culturel. Une autre salle, ouverte sur la Garonne, programme des événements ponctuels : assemblées générales d’associations, salons thématiques… La Fabrique Pola propose aussi des espaces de formation.

Dimension coopérative

Elle joue ainsi son rôle d’acteur du territoire et autofinance une partie de ses activités, ce qui lui permet de proposer aux artistes des espaces à un tarif accessible – des loyers qui participent eux-mêmes à l’économie du projet. « La dimension coopérative est un critère important, sans pour autant que ce soit obligatoire », précise Blaise Mercier. « L’artiste a un rôle citoyen et peut intervenir sur des politiques publiques en lien avec le soin ou l’éducation. » Et Samira Aït-Mehdi d’observer : « On ne voulait pas concevoir un lieu institutionnel, mais un endroit où les gens travaillent et où le public peut venir, un endroit qui donne une vision plus décontractée de l’art. »

La Fabrique Pola accueille 3 000 scolaires et 30 000 visiteurs par an, accompagne 500 artistes et se déplace hors de ses murs, à l’image de la Polamobile qui diffuse les pratiques artistiques dans les quartiers populaires. Un des temps forts du lieu est la Supérette de Noël, qui reçoit cette année 75 exposants de toute la France, proposant un large choix de sérigraphies, gravures, multiples… De quoi profiter de la buvette en bord de fleuve tout en soutenant la créativité !

Benoît Hermet
Crédit photos : Benoît Cary

Informations pratiques

« Open Sources », du samedi 13 décembre au dimanche 25 janvier 2026.
Exposition collective évoquant les liens que nous entretenons avec l’eau, ressource fragile et fondamentale.
Fabrique POLA, Bordeaux (33)