Les adieux de Jean-François Heisser à l’Orchestre de Chambre Nouvelle-Aquitaine, l’opéra Didon et Énée de Purcell, revisité par l’ensemble Les Surprises, le pianiste Lucas Debargue et l’ONBA dans Ravel et Gershwin… Ce début 2026 s’annonce riche en sensations et frissons.

Passage de témoin

Trois quarts de siècle, un bel âge pour passer la baguette. À 75 ans, Jean-François Heisser donne ses ultimes concerts avec cet Orchestre de Chambre Nouvelle-Aquitaine (OCNA) qu’il aura dirigé 25 années durant. L’ancien pianiste, devenu chef, cédera ensuite le pupitre à Raphaël Merlin, ancien violoncelliste du Quatuor Ébène. Mais avant cela, l’intéressé s’offre une dernière fête, le temps d’une tournée de cinq dates traversant la Gironde, la Corrèze, la Charente-Maritime et les Deux-Sèvres, qui s’annonce intense à tous points de vue.

« Pianos à cœurs » : son titre résume bien l’esprit de ce programme généreux et plantureux, pour lequel Heisser s’est entouré de ses proches et de ses amis pour donner la réplique à l’OCNA ; outre son complice Bertrand Chamayou (avec qui il préside aux destinées du Festival Ravel), seront à ses côtés son ancien élève Jean-Frédéric Neuburger, son ex-épouse Marie-Josèphe Jude et leur fils Charles– à 27 ans, celui que le grand Chick Corea (1941-2021) conviait sur son dernier album est le premier élève du CNSM de Paris à réussir l’exploit d’être admis simultanément dans les classes de piano jazz et de piano classique !

Quant au programme proprement dit, il traversera trois siècles de musique, d’une création mondiale de son ami, le compositeur Gilbert Amy, à la Symphonie « inachevée » de Franz Schubert, en passant par l’ébouriffant Concerto pour deux pianos de Francis Poulenc… et par les transcriptions des symphonies de Beethoven réalisées « pour 2 pianos à 8 mains » par Jean-François Heisser lui-même. Autant de soirées à ne pas rater !

  • Les dates :

« Pianos à cœurs », direction Jean-François Heisser,
piano Bertrand Chamayou, Marie-Josèphe Jude, Jean-Frédéric Neuburger et Charles Heisser,
mardi 13 janvier, 19h30, Auditorium, TAP, Poitiers (86).

jeudi 15 janvier, 20h,
Auditorium, Bordeaux (33).

vendredi 16 janvier, 20h,
théâtre de Brive, Brive-la-Gaillarde (19).

samedi 17 janvier, 17h,
Théâtre de Bressuire – Scènes de Territoire, Bressuire (79).

samedi 18 janvier, 17h,
Théâtre de la Coupe d’Or, Rochefort (17).

Surprises tragiques

À ne pas rater non plus, mais à Limoges cette fois : la nouvelle « superproduction » de l’ensemble bordelais Les Surprises. Après la Passion selon saint Jean de Bach il y a quelques années, la formation emmenée par Louis-Noël Bestion de Camboulas s’attaque, avec le metteur en scène Pierre Lebon, Blandine de Sansal et Grace Durham dans les rôles-titres, à un autre monument de l’ère baroque, l’opéra Didon et Énée de Henry Purcell.

Créé à Londres en 1689, il narre en une heure les amours tragiques du prince troyen et de la reine de Carthage, dont le lamento final est devenu un tube planétaire… Pleine de rebondissements et de morceaux de bravoure, parcourue de passages comiques et d’accents folkloriques, la partition sera pour l’occasion rehaussée de textes extraits de l’Énéide de Virgile et de pièces de Shakespeare, et abordée, soulignent les artistes, dans un véritable « esprit de troupe ».

Qu’on ne se méprenne pas pour autant sur le terme de « superproduction » employé plus haut. On a affaire ici à un projet au budget hautement raisonné et mutualisé, porté par le réseau OR MASSIF (pour « Opéra Réunis du grand MASSIF central »), né du rapprochement entre l’Opéra de Limoges, Clermont Auvergne Opéra et l’Opéra de Vichy. Une initiative exemplaire, et une nouvelle étape importante dans le cheminement de cet ensemble qui n’en est pas au bout de ses surprises.

  • Les dates :

Didon et Énée, Henry Purcell, opéra en trois actes sur un livret de Nahum Tate, d’après le Livre IV de l’Énéide de Virgile, créé à Londres en 1689, nouvelle production créée à l’Opéra de Clermont-Ferrand en janvier 2026, direction musicale Louis-Noël Bestion de Camboulas, mise en scène, scénographie et costumes Pierre Lebon, ensemble Les Surprises,
du jeudi 22 au vendredi 23 janvier, 20h,
Grand-Théâtre — Grande salle, opéra de Limoges, Limoges (87).

Paris-Broadway

En Dordogne aussi, les amateurs de piano et d’orchestre seront servis. L’Orchestre national Bordeaux-Aquitaine et son chef Joseph Swensen s’associent en effet au pianiste (et compositeur) Lucas Debargue pour proposer à Périgueux un programme Gershwin/Ravel des plus flamboyants.

On y trouve deux œuvres purement orchestrales : le sublime cycle Ma mère l’oye (1908-12) de Ravel, qui magnifie tous les sortilèges de l’enfance, et Un Américain à Paris (1928), irrésistible poème symphonique dans lequel Gershwin évoque son séjour dans la Ville-Lumière, où il était notamment allé quérir (vainement) les conseils de Ravel, qui lui aurait répondu : « Pourquoi écrire du mauvais Ravel quand vous écrivez du si bon Gershwin ? »

Ces deux partitions encadrent deux pièces concertantes : la non moins irrésistible Rhapsody in Blue (1924) et le Concerto en sol majeur (1931) de Maurice Ravel, où affleure l’amour que celui-ci vouait au jazz (omniprésent dans la musique de Gershwin). On est impatients d’entendre Lucas Debargue, ravélien inspiré et virtuose atypique, dans la grâce mozartienne, suspendue, irréelle du mouvement lent central (Adagio assai) ! Un concert garanti à grand spectacle.

  • Les dates :

Un Américain à Paris, direction Joseph Swensen, piano Lucas Debargue, Orchestre national Bordeaux-Aquitaine,
jeudi 8 janvier, 20h,
Auditorium, Bordeaux (33).


vendredi 9 janvier, 20h,
Odyssée, Périgueux (24).