Bienvenue dans l’univers foisonnant, chantant et théâtral de l’autrice et comédienne Lou Chauvain, qui signe son premier seule-en-scène, Sous les paupières, en forme de confessions intimes. Prenez-en plein les mirettes (et les oreilles) à Angoulême.
C’est l’été dernier, dans un petit théâtre du Festival Off d’Avignon, que l’on a découvert cette artiste, boule d’énergie à la voix singulière, qui aurait gardé quelque chose de l’enfance. Une jeune femme bien ancrée dans notre réalité, et qu’on jurerait pourtant tout droit sortie d’un conte.
L’illusion sauve de la rude réalité
Affublée d’un justaucorps bicolore, elle confie n’avoir pas connu de « gros drames », mais tout de même, assez de trous et de bosses pour entraver sa route : des empêchements hérités des générations antérieures, des injonctions et frustrations qui ont jalonné son apprentissage, contraignant son corps de fille et ses pensées.
Alors, parce que l’illusion sauve de la rude réalité, l’enfant, puis l’adolescente qu’elle fut, s’est inventée un tas d’histoires, projetées sur l’écran noir de ses paupières fermées. Mais la vie, la vraie, elle ne l’a donc jamais vraiment vécue. Enfin, jusqu’à présent. Car face à nous, Lou Chauvain ouvre les yeux, fait éclater ce qu’elle gardait enfoui, et déverse sa parole à vitesse V de peur que « se taire tue », carrément – voici là un aperçu de sa savoureuse autodérision.
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Ça déboule, ça tressaute, mais il n’en faut pas moins pour dévoiler les traumas (entre autres, celui du machisme d’un maître-nageur) et les fantasmes, les petites hontes et les élans, ce qui enferme et ce qui enchante. Et pour décadenasser sa boîte à souvenirs, l’artiste n’est pas avare en inventivité. Sur scène, elle déploie un langage affûté, qui scrute ses maux physiques (du genre, psoriasis) pour mieux sonder ses maux psychiques, et manifeste un don pour la chanson et le travestissement sous toutes les coutures. C’est f(l)ou !
Hanna Laborde
Informations pratiques
Sous les paupières, écriture, mise en scène, interprétation Lou Chauvain,
du mercredi 18 au jeudi 19 mars, 19h,
studio Bagouet, Théâtre d’Angoulême, Angoulême (16).