On a toutes et tous en tête un souvenir de lecture ou de mise en scène d’une Antigone. Mais Les Mesagères, signée par Jean Bellorini, se dote d’une force politique décuplée et rappelle l’infinie résonance que portent en eux certains classiques.

Voilà une Antigone peu commune. Pourtant son histoire, telle qu’écrite par Sophocle, n’a pas changé. C’est toujours celle de cette jeune héroïne tragique opposée à Créon, son oncle et roi de Thèbes, qui n’a pas accordé de funérailles à son frère Polynice. Bravant l’interdit, Antigone enterre ce dernier malgré tout.

Une tragédie antique traversée par l’exil contemporain

Toujours est-il que cette mise en scène-là, titrée Les Messagères et créée en 2023, est unique. Et elle le doit à sa distribution, composée de neuf comédiennes afghanes. Celles-ci et leur metteur en scène, formant l’Afghan Girls Theater Group, ont fui leur pays après la reprise de Kaboul par les talibans en août 2021.

Grâce à une aide coordonnée par les institutions théâtrales françaises, la troupe a été accueillie à Lyon par le directeur du Théâtre Nouvelle Génération, et Jean Bellorini, le directeur du Théâtre National Populaire. C’est auprès de ce dernier, aussi metteur en scène, que le travail de ces artistes sur leur terre d’exil a commencé.

Au plateau, la forme oscille entre un inachèvement volontaire, qui signifie l’urgence de dire, et des tableaux d’une puissance évocatrice et visuelle saisissante. Les comédiennes incarnent tous les rôles de la pièce, mais elles ont chacune quelque chose, du fait de leur parcours de vie, de cette Antigone courageuse et déterminée, qui refuse la soumission à un pouvoir patriarcal et autoritaire, et l’abandon de ses convictions.

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Elles sont neuf messagères singulières, mais c’est un chœur de combattantes qui s’élève de la scène, dans sa langue, le dari, surtitrée en français. Et c’est ce chœur qui résiste qu’on entend dans et par-delà les mots de Sophocle.

Hanna Laborde

Informations pratiques

Les Messagères, d’après Antigone de Sophocle, mise en scène Jean Bellorini, mercredi 22 avril, 19h30, et jeudi 23 avril, 20h30, La Coursive, La Rochelle (17).