Quatre occasions immanquables avec la reprise de ce spectacle de toute beauté, signé Christian Rizzo, grand chorégraphe et plasticien de la scène contemporaine depuis la fin des années 1990. Une célébration de la mémoire, des corps et de l’émotion. Tout semble dit ici, mais lisez la suite, au cas où.
On le sait, chaque représentation d’un spectacle n’est jamais la même d’un soir à l’autre, d’une année à l’autre. Le contexte change, les corps au plateau évoluent. Parfois certaines formes ne survivent pas au temps, et d’autres magnifiquement. Mais imaginez l’émotion produite quand une pièce est reprise dix ans après sa création. Et imaginez-la d’autant plus quand la pièce en question est elle-même née d’un souvenir, celui d’une intense sensation éprouvée.
Une émotion indescriptible
Vertigineuse question de la mémoire et de sa réactualisation, de ce qu’elle oublie, altère et fictionnalise… C’est le cas de ce spectacle de Christian Rizzo, créé en 2013, et recréé en 2024. À Istanbul, en 2004, le chorégraphe est témoin d’une ronde dansée et improvisée par des hommes. Une émotion indescriptible mais indélébile s’imprime alors en lui. Avec cette pièce, il tente de retrouver non pas cette émotion elle-même (peine perdue), mais son surgissement et le trouble produit.
Sur un plateau blanc comme une toile, ainsi qu’il les aime, les mouvements sont comme des traces laissées par ces huit danseurs qui en seraient les pinceaux. En solo ou à plusieurs, variant les esthétiques, mariant la gestuelle de Rizzo à du folklore méditerranéen, accompagnés par deux batteurs, ils nous offrent à voir une masculinité vulnérable.
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C’est une épaule qu’on prête à l’autre, une chute qu’on retient, un lien qui s’unit, se désunit, se renoue. C’est fluide ou jaillissant. C’est aérien et soudain terrien, abstrait puis très ancré, jusqu’à la transe. C’est le plaisir, surtout, de faire corps commun. D’après une histoire vraie a la fugacité du présent et pourtant l’intemporalité du souvenir.
Hanna Laborde
Informations pratiques
D’après une histoire vraie, chorégraphie Christian Rizzo, du jeudi 23 au vendredi 24 avril, 19h30, grande salle Vitez, tnba, Bordeaux (33). Mardi 28 avril, 20h30, et mercredi 29 avril, 19h30, La Coursive Grand Théâtre, La Rochelle (16).