À la faveur des 90 ans du plus grand mouvement social français du XXe siècle, la Ville de Tarnos célèbre et questionne l’héritage via le travail de l’immense photographe Willy Ronis. Philippe Courtesseyre, directeur de la vie culturelle et sportive, en dévoile les contours.

Une saison culturelle « Résistance et engagements ». Pourquoi une telle thématique ?

Cela fait écho à des années de commémorations historiques ainsi qu’à la tradition politique tarnosienne ; une longue tradition ouvrière et syndicale, particulièrement durant la première moitié du XXe siècle. En 2026, ce sont les 80 ans de la Sécurité sociale, les 90 ans de la guerre d’Espagne ; Tarnos a accueilli de nombreux Républicains espagnols. C’est aussi la première fois que la ville choisit une thématique pour sa saison culturelle avec une approche également contemporaine.

Honorer les 90 ans du Front populaire, est-ce un choix éminemment politique ?

Forcément. Il y a un effet d’opportunité. La dizaine produit inévitablement un effet loupe sur les anniversaires. Toutefois, il y a quelque chose à dire entre 1936 et 2026. Le titre de l’exposition y fait écho notamment sous l’angle des mouvements sociaux et de la conquête du temps libre, autant de préoccupations contemporaines. Congés payés, temps libre, quelles sont désormais leurs places ? Pour autant, il n’y a pas de de sous-texte politique, ni partisan.

Willy Ronis, était-ce une évidence ?

Cela ne s’imposait pas forcément. À l’origine, nous avions songé à une approche collective de photographes ayant documenté l’histoire du Front populaire. Puis, petit à petit, la focale s’est resserrée sur la figure de Willy Ronis et son regard, notamment sur la conquête du temps libre car il est souvent venu en vacances dans le Sud-Ouest, où il a pris énormément de photos.

Peu à peu, un lien s’est noué entre son parcours et l’émergence de ces luttes, lui-même ayant connu un destin contrarié, obligé de vendre le studio photographique familial et de se mettre à son compte dans une période marquée par les grèves et les mouvements sociaux. Dès lors, la rencontre était inévitable. Néanmoins, Ronis n’est pas celui qui a le plus photographié cette période.

Il s’agit d’un parti pris délibéré. Nous avons bénéficié de l’accompagnement et du soutien de la Médiathèque du patrimoine et de la photographie dans notre commissariat.

60 photographies et des clichés inédits, comment avez-vous opéré la sélection ?

Durant toute son élaboration, le projet a été soutenu par Ronan Guinée, chargé de collections et responsable du Fonds Willy Ronis. La sélection épouse notre envie : la construction d’un regard sur le Front populaire, ses conquêtes, dont celle du temps libre. Les choix se sont donc faits au fil des réflexions avant d’obtenir l’accord des ayants droit pour la validation de ce commissariat.

Un vrai motif de fierté, non ?

Notre fierté réside surtout dans le propos et son articulation. C’est une approche très enthousiaste autour d’un tel photographe dans notre ville, dans un lieu aussi iconique que l’église Notre-Dame-des-Forges. Il y a des évidences entre le lieu d’exposition, ce quartier de la Cité des Forges (qui a vu l’installation de colonies de vacances, dont celle de le CGT RATP en 1936) et les photos de Willy Ronis. Certes, notre regard est un peu biaisé, mais nous assumons sa subjectivité.

Nous sommes convaincus de la pertinence de cette exposition. Parallèlement, nous avons enclenché une démarche de collecte de la mémoire en collaboration avec le Conseil départemental des Landes afin d’en garder une trace avant l’inévitable. Un travail à long terme s’inscrivant pleinement dans le cadre de cette exposition.

Propos recueillis par Marc A. Bertin

Photo de une : © Donation Willy Ronis, Ministère de la Culture (France), Médiathèque du patrimoine et de la photographie

Informations pratiques

« Le temps conquis. Commémorer le Front populaire avec Willy Ronis »,
du samedi 2 mai au vendredi 5 juin,
église Notre-Dame-des-Forges, Tarnos (40).