L’artiste hongkongais Trevor Yeung investit jusqu’en septembre la nef du CAPC musée d’art contemporain, à Bordeaux avec le jardin des neuf soleils, une monumentale exposition immergeant le public dans un espace rempli d’onirisme.

C’est l’histoire d’une fratrie qui ne pouvait pas vivre ensemble. Dix soleils qui rayonnaient chacun successivement sur le globe terrestre. Lassés de ce rythme individuel et voulant se rassembler, ils finirent par se lever en même temps, faisant fi des incendies et des sécheresses qu’ils provoquaient. Pour la survie de tous et toutes, il fut demandé à un archer céleste d’en abattre neuf et de ne laisser que l’astre que nous connaissons aujourd’hui.

Lieu de repos pour les astres déchus

Voici, rapidement résumée, la légende populaire chinoise des dix soleils sur laquelle se base une grande partie de l’exposition de Trevor Yeung, actuellement visible au CAPC, musée d’art contemporain de Bordeaux. L’artiste hongkongais propose dans la grande nef le « Jardin des neuf soleils », lieu de repos pour les astres déchus et d’expérimentation pour les mortels qui viennent à leur rencontre.

Pour sa première exposition monographique dans un musée européen, le jeune plasticien développe une scénographie radicale avec des pièces exclusivement produites pour l’établissement. Premier choix : replacer l’entrée des visiteurs dans la nef à son endroit d’origine, ce qui renforce la monumentalité du lieu. En serpentant pour y arriver, l’artiste pose les jalons explicatifs de son travail : la place des mythes et des traditions ou le questionnement du rapport des sociétés humaines face à l’environnement.

Celui qui est passé maître dans l’art de l’installation ne donne pas les réponses. La lumière verte dans laquelle baigne l’espace d’exposition est-elle là pour nous protéger ou nous piéger ? À chacun d’élaborer son opinion dans cette ambiance visuelle digne d’un vivarium géant, développée après avoir découvert les pièges Insectron déployés dans les réserves du musée pour tuer les insectes et aider à la conservation des œuvres.

Comme un pied de nez à cette fonction première, se déploient sur les mezzanines des champignons lumineux verts, empilements de veilleuses et d’adaptateurs électriques.

Timide lune

Au milieu, reposent les neuf soleils regroupés au sein de la série Chaotic Suns, installations lumineuses aux formes et aux hauteurs variées. En regard, une timide lune s’aperçoit au fond de la salle. Contrepoint à la lumière, elle se pare de rose lorsque la torche d’un téléphone la croise, l’une des nombreuses interactions proposées aux visiteurs. Éclairer le sol permet, par ailleurs, de révéler un faisceau de paillettes jouant avec les couleurs de l’arc-en-ciel.

Une gamme de couleurs à retrouver dans un format géant et collaboratif sur l’échafaudage imaginé par l’artiste à l’intérieur même du musée. Une installation où chacun peut prendre de la hauteur et accrocher le bout de tissu qui lui a été remis à l’entrée.

Le but ? Faire un vœu, certes, mais surtout participer à l’élaboration d’un immense arc-en-ciel constitué de ces bandelettes de couleurs. Interrogeant le poids réel de nos vœux, cette œuvre majuscule offre une redécouverte complète de la scénographie vue de haut. À apprécier le plus possible avant de devoir passer l’un des six immenses rideaux de couleur conçus pour l’occasion et quitter un endroit où se cachent encore d’autres surprises. Et après une telle expérience, difficile de ne pas voir la vie en rose, au moins pour quelques minutes.

Guillaume Fournier

Informations pratiques


« Jardin des neuf soleils », Trevor Yeung,
jusqu’au dimanche 20 septembre,
CAPC musée d’art contemporain, Bordeaux (33).