Au Guggenheim Bilbao, l’artiste nippo-américaine (1926-2013) Ruth Asawa reçoit enfin sa première grande rétrospective européenne

Ce rendez-vous au musée Guggenheim de Bilbao ne relève pas seulement d’une consécration tardive pour celle qui aurait célébré son centenaire en janvier dernier, il offre l’occasion de (re)découvrir une artiste majeure qui a su transformer le fil de fer en matière sensible, à la fois légère et diaphane.

Puissance émancipatrice du dessin

Née en 1926, en Californie, dans une famille d’immigrants japonais, Asawa grandit au milieu des champs avant que la guerre ne vienne bouleverser son existence. Internée avec les siens après l’attaque de Pearl Harbor, elle découvre, dans les camps de détention, la puissance émancipatrice du dessin grâce à des cours dispensés par des artistes issus des studios Disney.

Plus tard, au Black Mountain College — haut lieu de l’avant-garde américaine, dont l’influence sur l’histoire de l’art moderne aux États-Unis demeure considérable — elle affine son regard auprès de figures majeures telles que Josef Albers. Toutefois, c’est un marché mexicain, en 1947, qui scelle véritablement son destin : en observant des artisans tresser des paniers en fil de fer, elle met au point une technique de bouclage continu appelée à devenir sa signature.

Défier la pesanteur

Ses sculptures suspendues semblent défier la pesanteur. Formées de boucles imbriquées, elles flottent dans l’espace et projettent sur les murs des réseaux d’ombres mouvantes. Loin de toute dimension simplement décorative, ces formes aériennes donnent corps à l’espace lui-même, où vide et plein se répondent.

Surnommée la « Fountain Lady » à San Francisco, elle conçoit également des fontaines publiques devenues emblématiques et participe à la fondation d’une école d’arts aujourd’hui rebaptisée en son honneur, défendant l’idée d’une pratique accessible au plus grand nombre.

Après son passage au MoMA de New York, la rétrospective présentée à Bilbao retrace six décennies de création : sculptures, dessins d’une grande finesse, moulages et estampes, révélant une œuvre animée par une curiosité constante.

Anna Maisonneuve

Informations pratiques

« Ruth Asawa : rétrospective »,
jusqu’au dimanche 13 septembre,
musée Guggenheim, Bilbao (Espagne).