Piano expérimental à Poitiers, Pierre Henry chez Rem Koolhaas à Floirac, et force réjouissances baroques — de la perfide Albion à la Sérénissime — en terre des Graves et du Sauternais. En juin, tout est si bien.
Anatomie d’une pianiste
Formée auprès de Jean-François Heisser et Pierre-Laurent Aimard, au CNSMD de Paris, Claudine Simon a, depuis le début des années 2020, mis entre parenthèses sa carrière de concertiste pour se consacrer à la conception de spectacles qui « développent de nouveaux imaginaires pour le piano ».
« Ce qui m’anime, dit-elle, c’est de donner corps à ce traitement expérimental du piano à travers la composition et le jeu scénique. Il s’agit pour moi d’habiter le piano autrement — de visiter son histoire, de bousculer ses repères, les manières de le jouer, de l’entendre, de le ré-enchanter. »
Anatomia, son deuxième spectacle, créé en 2023 au festival Musica, et présenté du 5 au 6 juin à Poitiers, est une entreprise de déconstruction de l’instrument en même temps de son propre parcours d’interprète. Cela commence par Funérailles de Franz Liszt, magnifique et virtuose partition dédiée par celui qui fut « l’inventeur » du récital de piano à trois amis tombés lors de la révolution hongroise de 1848.
Lentement, le récital lisztien se mue en théâtre d’anatomie. Avec la complicité du plasticien Rudy Decelière, Claudine Simon nous immerge dans les entrailles d’un instrument peu à peu démembré, éparpillé dans l’espace… Un spectacle qui séduit par sa tonalité étrangement onirique, par l’inventivité joueuse avec laquelle l’artiste déjoue nos repères familiers.
Dédale sonore
Difficile de faire un choix parmi la profusion de tentations qui jalonnent la programmation de l’Opéra de Bordeaux en ce mois de juin. On pourra décider d’aller y revisiter ses classiques, que ce soit avec l’opéra Roméo et Juliette de Gounod proposé en version participative (12/06), un Requiem de Verdi couplé avec la création d’une nouvelle œuvre de la compositrice grecque Sofia Avramidou (19/06) ou le récital du ténor péruvien Juan Diego Flórez (18/06).
Toutefois, on pourra préférer aussi s’aventurer hors des murs du Grand-Théâtre pour aller découvrir, sur les hauteurs de Floirac, un joyau secret de l’architecture contemporaine : la villa construite par l’architecte néerlandais Rem Koolhaas, en 1998, pour la famille Lemoine.
Le premier week-end de juin, les 6 et 7, des navettes au départ de Bordeaux proposent d’aller découvrir celle-ci au son d’une œuvre du compositeur Pierre Henry (1927-2017) initialement conçue (en 1997) pour sa propre maison, dans le XIIe arrondissement de Paris.
Intérieur/Extérieur est une pièce fascinante, une sorte de dédale sonore plein de chausse-trappes et de recoins, bien à l’image de cette maison que le pape de la musique électroacoustique ne dédaignait pas d’ouvrir au public lors de soirées exceptionnelles. Exceptionnelle, cette visite promet de l’être tout autant.
Festin baroque
Ouverte par une rencontre avec les artistes à la librairie bordelaise La Machine à lire, et ponctuée de dégustations de grands crus classés de vins de Graves (Château Carbonnieux, Château Bouscaut), la 23e Festival des Festes Baroques en Terre des Graves et du Sauternais, sous la direction artistique de Xavier Julien-Laferrière, ouvre la saison des festivals avec cinq concerts nous invitant à parcourir l’Europe baroque.
Autant de pages d’histoire confiées à une nouvelle génération d’interprètes qui, de formats inédits en répertoires singuliers, proposent des manières originales de découvrir ce patrimoine à la richesse inépuisable, dans lequel les musiques traditionnelles et les compositions plus « savantes » semblent dialoguer naturellement.
A Night at the Queen’s House, par exemple, convoque la danse pour nous faire vivre la rencontre de la peintre italienne Artemisia Gentileschi (1593-1656) et de la reine Henriette-Marie de France (1609-1669), épouse du roi Charles 1er et protectrice des arts en Angleterre, à travers des œuvres signées Kapsberger ou Frescobaldi. Un tropisme britannique et une ambiance nocturne que prolongeront les six instrumentistes d’Apollo’s Cabinet, que le programme présente comme « le plus déjanté des ensembles anglais ».
Alliant un orgue et 14 cuivres, Ventouse ressuscite les pages spectaculaires qui résonnaient sous les voûtes de la basilique Saint-Marc dans le Venise du XVIIe siècle. Quant à l’ensemble Faenza, du chanteur et théorbiste Marco Horvat, il présentera un spectacle « à la carte », dans lequel le public compose lui-même le programme de la soirée, au moyen d’un tarot géant… L’ensemble El Sol conclura cette édition sous le soleil de l’Espagne.
Informations pratiques
• Anatomia, concept, écriture, performance Claudine Simon, scénographie Rudy Decelière,
vendredi 5 juin, 19h,
samedi 6 juin, 17h,
TAP, Poitiers (86).
• « Musique et architecture », Intérieur|Extérieur,
samedi 6 juin, 11h, 14h, 15h30, 17h, 18h30,
dimanche 7 juin, 11h, 14h, 15h30, 17h, 18h30,
Villa Rem Koolhaas, Floirac (33).
• Festes baroques en terre des Graves et du Sauternais,
du mercredi24 juin au samedi 4 juillet,
Bordeaux, Cadaujac, Léognan et Saint-Michel-de-Rieufret (33).