Le Capc musée d’art contemporain de Bordeaux propose une exposition centrée sur les travaux de la plasticienne allemande Alexandra Bircken qui utilise de nombreux médiums, notamment empruntés à l’industrie automobile, pour interroger les relations entre corps et technologie.
« Vends pièce de collection. Moto Ducati quasiment neuve, montée sur les patins d’un cheval à bascule. » Voilà une petite annonce qui aurait de quoi surprendre si elle venait à être publiée sur un site de vente entre particuliers.
Figure majeure de l’art contemporain
Heureusement pour tous les amoureux d’art contemporain, cela reste de la fiction et cette œuvre baptisée Paystation d’Alexandra Bircken est visible dans le cadre de l’exposition que lui consacre le Capc musée d’art contemporain de Bordeaux.
Ce détournement de moto en jouet pour enfant est symptomatique du travail de l’artiste allemande. Grâce à la sculpture principalement, celle qui est devenue une figure majeure de l’art contemporain outre-Rhin interroge nos modèles sociaux ainsi que notre rapport au corps et à la technologie.
Non loin de Paystation, Efeu Elektro, une œuvre se composant de tous les câbles présents dans une voiture, en l’occurrence une Citroën Picasso. Un réseau indispensable au bon fonctionnement d’un véhicule et qui fait furieusement penser au réseau vasculaire du corps humain.
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Basculement artistique
Née en 1967, à Cologne, Alexandra Bircken est issue du milieu de la mode, avec des études et une carrière en indépendante effectuée entre Paris et Londres. Le basculement artistique se produit lors de son retour en Allemagne dans les années 2000.
L’attrait pour le corps reste, mais s’affranchit du carcan des vêtements pour une réflexion plus globale. Une ouverture dont rend compte le titre de l’exposition, « SomaSemaSoma ». Soma renvoyant au corps vivant et à sa vulnérabilité, et sema ayant trait au signe, au sens.
En une trentaine d’œuvres, le parcours entend donner un aperçu du travail de cette artiste à la trajectoire singulière qui cherche aussi à décortiquer et interroger nos objets du quotidien. Exemple avec Lagarde, mur rempli d’une signature familière, celle de la présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde. Celle-ci se retrouve sur quasiment tous les billets en euro en circulation. Un élément d’identité privé et en même temps largement diffusé dans le domaine public, au point de devenir une marque à part entière.
Une incision bienvenue
Mettant aussi en avant le caractère répétitif et industrialisé des objets qui nous entourent, notamment dans l’industrie motocycliste et automobile, Alexandra Bircken propose une incision bienvenue pour regarder dans le détail ces corps, machines et signaux structurant nos usages.
Un coup d’œil aiguisé sur le monde destiné à voyager. L’exposition a déjà été montrée au KBCB, centre d’art de Bienne (Suisse), avec Paul Bernard en tant que commissaire. Après son passage jusqu’en janvier 2027 à Bordeaux, elle doit ensuite poser ses valises au Culturgest à Lisbonne (Portugal) et enfin au Marta Herford Museum (Allemagne).
Avec, à chaque fois, un subtil jeu pour repenser la scénographie, comme cela a été le cas au Capc avec l’aide de la directrice du lieu, Sandra Patron. « Un grand défi », confirme l’artiste. Pour quel résultat ? Le mieux reste de se déplacer pour se faire une idée et de passer à la vitesse supérieure.
Guillaume Fournier
Informations pratiques
« SomaSemaSoma », Alexandra Bircken,
jusqu’au dimanche 3 janvier 2027,
Capc, musée d’art contemporain, Bordeaux (33).