Pas fâchée avec la petite reine, ni avec l’idée de partir à l’aventure, l’équipe de JUNKPAGE s’en est allée sur la route pour découvrir une partie du Sud de la Gironde à Vélo, avant les incendies.
( Cet article est paru dans notre journal estival, le reportage a été effectué fin juin, avant les incendies qui sont au portes du territoire mentionné.N'hésitez pas à vous renseigner sur la situation avant de préparer ou d'effectuer votre voyage. Soutien inconditionnel aux Sapeurs-pompiers et à toutes les personnes impliquées dans la lutte contre ces incendies)
Pour voyager loin, il faut ménager sa monture, ou même avoir une monture en état de marche. C’est le constat qui s’impose en gare de Langon pour un équipage se préparant à avaler la moitié d’une étape du Tour de France : 110 kilomètres (mais en deux jours). Si certains ont tout prévu, d’autres ont perdu leur selle, à défaut de leur tête. Or, que serait un voyage sans les imprévus ?
Après des réglages de dernière minute, tout est paré, direction l’une des merveilles du sud de la Gironde : Bazas. Le cliquetis du dérailleur se fait entendre, le tumulte de la ville s’estompe, et, en quelques coups de pédale, un cadre bucolique encercle la piste.
Trouver le rythme
Les premiers kilomètres permettent de trouver le rythme. Les amoureux du patrimoine, qui n’auront pas eu d’imprévu au départ, se permettront un crochet vers l’imposant château fort de Roquetaillade, dont l’intérieur fut entièrement rénové par Viollet-le-Duc, et qui a servi de décor à de nombreux films.
La piste reprend le tracé d’une ancienne ligne de chemin de fer : Fargues, Roaillan, Nizan… Sur les devantures des anciennes gares, les noms défilent. Avant d’arriver, à l’heure, au réputé marché de Bazas. Un bouillonnant lieu de vie qui prend place au cœur de la cité sous le regard des façades travaillées et de la grandiose cathédrale.
Impossible de ne pas s’émerveiller devant ce monument inscrit depuis 1998 au patrimoine mondial de l’UNESCO au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle. Son jardin offre une halte rêvée pour faire ripaille des victuailles achetées au marché. Et quand les bandas sonnent la fin du marché, il est temps de repartir sur la route.
Uzeste, autre trésor patrimonial
Direction plein ouest cette fois pour engloutir la dizaine de kilomètres d’asphalte séparant un trésor patrimonial d’un autre. Bienvenue à Uzeste, hameau de moins de 5 00 âmes où trône une merveille : la collégiale. Un joyau intimement lié à une figure de la région, Bertrand de Got, plus connu sous son nom de pape : Clément V (1264-1314).
L’endroit accueille encore ce qu’il reste de sa sépulture. Pour tout connaître de ce lieu, des premiers temps à la rénovation du clocher qui s’achève, ne pas hésiter à se renseigner auprès des amis de la collégiale d’Uzeste.
Clément V se déplaçait-il à bicyclette ? Rien ne permet de l’affirmer, mais c’est pourtant de la sorte qu’il faut repartir pour gagner le château de Villandraut. L’une des cinq bâtisses laissées par la famille du pape dans la région et sûrement la plus imposante. Si les affres du temps et les guerres ont gravement endommagé ce palais-forteresse, il reste de nombreux secrets à y découvrir, ou participer aux réjouissances qui y sont données, comme cette grande kermesse début juin.
Au « Pays paroupian »
Mais le temps est cruel, il faut alors repartir sans tarder pour rejoindre le point final de la journée : Saint-Symphorien. Le paysage se transforme, les pins maritimes se font plus nombreux, signature de l’immense parc naturel des Landes de Gascogne dans lequel nous pénétrons.
Au « Pays paroupian », du nom des habitants de Saint-Symphorien, les joyeusetés sont multiples : une salle des fêtes Art déco, des ateliers ferroviaires du XIXe siècle et une vie littéraire soutenue liée à la venue régulière du prix Nobel de littérature François Mauriac (1885-1970). Autre réjouissance pour les cyclistes ayant parcouru 50 kilomètres : un camping labellisé pour l’accueil vélo ! Il n’y a plus qu’à se reposer.
Quelques heures de répit et il faut déjà se remettre en selle car le programme du deuxième jour est copieux. Peu de dénivelé mais quelques courbatures et des kilomètres en plus – 65 – pour atteindre, à temps, Biganos et reprendre le train.
La grande échappée reprend la route… pour une rencontre inopinée. À Hostens, un rassemblement de véhicules de collection fait grand bruit : nos vélos contre des Ferrari, Triumph, Jaguar et autres automobiles anciennes, voilà qui est tentant… Mais le délice est pour les yeux seulement. Quelques encablures suffisent pour arriver à l’endroit idéal pour un pique-nique, les lacs d’Hostens. 730 hectares d’un site Natura 2000 conviant à la baignade et à ralentir le temps d’un instant. Il faut ensuite quitter, encore une fois à regret, cette ancienne mine de lignite transformée en espace naturel pour reprendre la route.
Mégafeux et « petite Amazone »
Une route frappée d’un soleil que ne protège plus la végétation : signe encore tangible des mégafeux de 2022 qui ont réduit en cendres des milliers d’hectares de forêt. Le retour des paysages arborés s’effectue vite et juste après Belin-Béliet, apparaît l’une des stars de ce voyage, la « petite Amazone », surnom donné à la Leyre, qui sinue quelques dizaines de mètres en dessous d’un viaduc ferroviaire reconverti pour le bonheur des cyclistes.
Le serpentin bucolique croise ensuite une autre voie : l’autoroute ! Brutal retour au monde, égayé par les klaxons des camionneurs qui retentissent si on en fait la demande en levant les bras.
Rencontre artistique
Si chaque segment du tracé est une attraction, il arrive que certains restent la tête dans le guidon… Grave erreur ! Exemple aux abords de Salles, où ils manqueront à coup sûr Trois sans nom, œuvre n° 14 de La Forêt d’Art Contemporain, une réalisation de 2014 érigée par Sébastien Vonier. Une nouvelle preuve d’un territoire bien vivant.
Peu à peu, la forêt laisse la place à l’écosystème du bassin d’Arcachon, l’arrivée est proche ! Dernier trésor du périple, le charmant port de Biganos, bordé de cabanes colorées et parfaitement entretenues. Un endroit photogénique où immortaliser les derniers instants avant de repartir vers la gare. Et dans le train ramenant à Bordeaux, ou plus loin, impossible de ne pas se dire que l’on en connaît maintenant un rayon sur le Sud Gironde, même s’il faudra revenir pour l’explorer encore !
Guillaume Fournier
Carnet pratique
Le trajet :
Environ 110 kilomètres en deux jours entre Langon et Biganos, accessibles en train. Halte de nuit recommandée à Saint-Symphorien. Pour tous niveaux, peu de dénivelé, piste cyclable en très bon état.
Le matériel :
VTC ou Gravel de préférence. Prévoir sacoches ou sacs pour les affaires personnelles. Matériel de dépannage, eau et crème solaire indispensables.
Les points de ravitaillement :
Marché le samedi matin à Bazas et le jeudi matin à Villandraut. Boulangeries Leloutre à Hostens, Sauboua à Bazas, ou la boulangerie coopérative d’Uzeste. Possibilité de manger au camping Vert Bord’Eau à Saint-Symphorien. Pléthore de restaurants sur la route comme l’Escale du Ciron à Villandraut, le Bœuf Pop à Bazas ou la Cabane à Belin-Béliet.