Le jardin de Gabriel, remarquable ensemble d’œuvres créées par Gabriel Albert, à Nantillé, en Charente-Maritime, retrouve une partie de sa statuaire restaurée.
La D129 menant en direction de Matha et d’Aulnay n’indique pas vraiment le lieu-dit Chez-Audebert ; seul un panneau signale le site. Pourtant, de la route, le regard est aimanté.
Facteur Cheval saintongeais
Entre rangs de vignes parfaitement alignés, majestueux cerisiers, lourds de fruits, et champs à perte de vue, ici vit une utopie. Celle d’un inspiré de bord de route, une espèce de Facteur Cheval saintongeais, qui, 20 ans durant, une fois retraité, créa de ses mains 450 statues en ciment sans avoir appris la sculpture, ni fréquenté la moindre école d’art.
Pur autodidacte, quasiment né avec le siècle, en 1904, Gabriel Albert ne fera pas le petit paysan, ni le métayer, embrassant une carrière de menuisier, jouant aussi à merveille de la clarinette dans les bals-parquets où drôles et drôlesses s’étourdissaient, le rouge au joue, jusqu’au quadrille. Marié en 1926 à Anita, il fera vivre modestement le ménage, fondant une famille, arrondissant les fins de mois en endossant la salopette de pompiste.
Gabriel Albert modèle
Puis, en 1969, son rêve enfoui depuis trop longtemps devient réalité. Dans son petit atelier au toit en tôle ondulée, s’inspirant de coupures de presse, amoureusement découpées dans les magazines (y compris de charme), Gabriel Albert modèle.
D’abord avec du plâtre, puis du ciment armé, plus résistant aux intempéries. Il fait feu de tout bois : célébrités du music-hall, figures historiques, inconnus, son couple (en version Angélus de Millet), un bestiaire et beaucoup de « nanas », parfois en tenue d’Ève, au grand dam de son épouse, qui non seulement le laisse concevoir son monde qu’il installe au fur et à mesure autour de leur logis, mais compose également avec les moqueries du village.
Son homme ira même jusqu’à ériger un moulin à vent en hommage à la chanson d’André Claveau, Moulin Rouge.
Un univers fascinant, à taille humaine
Deux décennies à concevoir un univers fascinant, à taille humaine, multicolore (grâce à l’usage d’oxydes de fer dilués), que l’intéressé lègue officiellement, en 1991, à la commune, à condition que tout demeure sur place. Cette intuition garantira sauvegarde et conservation. Résultat, en 2011, le Jardin de Gabriel est inscrit au titre des Monuments historiques, après une première étude d’inventaire réalisée par la Région Nouvelle-Aquitaine, qui en devient propriétaire en 2014.
Après les premières mesures de conservation entreprises entre 2017 et 2019, la Région rouvre partiellement le site à la visite. 2022, une première statue est restaurée, puis 8 autres en 2023 dans le cadre d’un chantier-école, en partenariat avec l’École supérieure d’art et de design de Tours et l’Institut national du Patrimoine. Et l’effort porte aussi sur la globalité du site qu’il faut veiller à ne pas dénaturer.
Valoriser cet « environnement visionnaire »
Une ambition qui ne s’arrête pas en si bon chemin, car il s’agit de dresser la carte la plus fine possible du « Patrimoine des habitants paysagistes » afin d’établir une mise en réseau des acteurs impliqués dans la conservation et la valorisation de ces « environnements visionnaires » d’art brut, naïf et singulier en région Nouvelle-Aquitaine.
Soit le Musée de la Création Franche, à Bègles, le Musée Cécile Sabourdy, à Vicq-sur-Breuilh, la Maison de la Gaieté, à Chérac, le Village de Masgot, à Fransèches, l’espace Antoine Paucard, à Saint-Salvadour. D’ici là, venez à Nantillé, vous n’en ressortirez pas pareil…
Marc A. Bertin
Informations pratiques
Le Jardin de Gabriel,
Lieu-dit Chez-Audebert, Nantillé
Renseignements 05 46 33 24 77
Du dimanche au jeudi, 9h30-12h30, 14h-18h.
www.culture-nouvelle-aquitaine.fr/patrimoine-et-inventaire/le-jardin-de-gabriel/