Rivalité picturale de prestige à la Tate Britain à Londres avec une exposition temporaire consacrée à Joseph Mallord William Turner et John Constable. Un délice pour les yeux, parfait déclic pour partir à la (re)découverte de Londres, mégalopole tentaculaire aux ressources culturelles presque infinies.
L’exposition : Turner et Constable, deux géants acryliques face à face
Dans le dédale de la Tate Britain, vénérable institution londonienne au rayonnement mondial, c’est une confrontation qui fait date, mettant en regard deux noms majeurs de l’histoire de l’art. D’un côté, un mastodonte, maître absolu de la lumière : Joseph Mallord William Turner (1775-1851). De l’autre, une figure essentielle de la peinture de paysage : John Constable (1776-1837).
Contemporains, finissant par fréquenter le même cénacle, la Royal Academy of Arts (RAA), les deux Anglais sont des maîtres des paysagistes virtuoses aux styles aisément opposables. Leurs destins sont savamment croisés dans une exposition d’envergure, visible jusqu’au 12 avril.
Le vent de la création
La remarquable scénographie débute avec un savoureux préquel montrant d’emblée les différences entre les deux personnages. D’un côté, un Self-Portrait de Turner datant de 1799. Âgé de 24 ans, il devient membre associé de la RAA ; consécration qu’il retranscrit sur la toile. Le regard est perçant, fixé sur le spectateur ; le vent de la création semble souffler sur lui, froissant presque sa tenue.
La même année, John Constable est représenté par Ramsay Richard Reinagle. Contraste saisissant : le voilà endimanché dans son impeccable uniforme de bon élève, les yeux tournés vers le sol. Pour lui, la reconnaissance sera plus tardive ; ce n’est qu’en 1819 qu’il deviendra membre associé de l’Académie. Il a alors 43 ans.
Divergents, ils le sont aussi dans leurs sujets de représentation. Constable s’emploiera à capturer sans relâche la Stour Valley, bout de terre coincé entre Suffolk et Essex, à l’est de Londres. Turner, lui, explorera l’Angleterre et l’Europe, avec une passion particulière pour les Alpes, à la recherche de nouveaux lieux, de nouvelles lumières.
Figure terrible de la peinture anglaise
Après une partie sur l’enfance et les débuts, l’exposition met en avant les points forts de chacun des artistes. La maîtrise de la peinture en extérieur et la captation de la force de la nature par John Constable sont par exemple illustrées par Flatford Mill from the Lock (1812). Le génie de l’aquarelle pour Turner, qui varie compositions et sujets, mais conserve son incroyable dextérité, produit des merveilles dont The Scarlet Sunset: A French Town on a River (1830).
Une toile qui révèle aussi l’une des obsessions de Turner : le soleil et ses variations imprimées dans le ciel. À ce titre, la figure terrible de la peinture anglaise, toujours à la limite du scandale pour mieux se vendre, peut d’ailleurs être considérée comme une grande influence — si ce n’est un précurseur — de l’impressionnisme défendu par Manet et l’avant-garde française.
« Le feu de Turner et la pluie de Constable »
Composée de près de 200 œuvres, l’exposition réussit le tour de force de réunir des pièces des deux maîtres (104 tableaux pour Turner, 83 pour Constable), dont certaines n’avaient pas été montrées au public depuis des décennies.
Si les trésors sont partout, le momentum se situe lors de la cohabitation des deux hommes à l’exposition annuelle de la RAA en 1831. Enfin reconnu et accepté après être passé au grand format, Constable choisit de placer son tableau juste à côté de celui de Turner, star incontestée de l’événement depuis des années.
Salisbury Cathedral from the Meadows pour le méticuleux Constable, Caligula’s Palace and Bridge pour le flamboyant Turner. Deux visions du paysage qui feront école pour les décennies suivantes s’affrontent. « Le feu de Turner et la pluie de Constable », comme le résume The Englishman’s Magazine, cohabiteront encore quelques années. Constable s’impose alors comme un peintre incontournable de la scène britannique avec de superbes grands formats dont The Opening of Waterloo Bridge, poussant à l’extrême son amour du détail et de la matière.
Dans un chemin contraire, Turner se tourne de plus en plus vers l’épure, l’émotion, le mouvement, comme le prouvent les flammes démesurées figurant dans The Burning of the Houses of Lords and Commons, 16th October 1834. Une voie qui le conduira ensuite vers l’évanescence, aux limites de l’abstraction. Une fantastique épopée entrelacée, illuminant le grisonnant ciel londonien d’un soleil pictural resplendissant.
- L’essentiel : « Turner and Constable : Rivals and Originals », jusqu’au 12 avril, Tate Britain, Londres (UK).
Le guide touristique, les immanquables de Londres
Phare culturel, architectural, gastronomique et bien plus encore, Londres est un fascinant dédale regorgeant de découvertes. Pour aider dans vos périgrinations voici un petit guide subjectif de la ville en cinq points.
SE CULTIVER
Après avoir exploré les collections permanentes de la très riche Tate Britain, direction l’autre membre de la fratrie : la Tate Modern. Une véritable cathédrale de l’art contemporain, logée dans une ancienne usine électrique, qui ne cesse de se renouveler depuis son ouverture en 2000.
L’endroit propose de retentissantes expositions temporaires comme « Nigerian Modernism », visible jusqu’au 10 mai. Et puis ? British Museum, National Gallery… Les options sont tellement nombreuses que, même avec quelques semaines sur place, il serait difficile d’en faire le tour ! Restent alors celles qui surprennent. Il est possible d’aller tâter le pouls de l’art contemporain britannique et international à la Whitechapel Gallery qui propose jusqu’au 8 mars un regard inédit sur le travail de Joy Gregory.
Il est surtout indispensable de se rendre au V&A Storehouse. Réserves du Victoria & Albert Museum, l’endroit propose une mise en scène inédite où se côtoient près de 250 000 objets, 300 000 livres ou encore 90 000 archives, rien que pour le fonds David Bowie. Un lieu où le dialogue des arts devient réalité.
Les adresses :
- « Nigerian Modernism », jusqu’au 10 mai, Tate Modern, Bankside, London SE1 9TG.
- British Museum, Great Russell Street, London WC1B 3DG
- « Catching Flies with Honey », Joy Gregory, jusqu’au 1er mars, Whitechapel Gallery,
- 77-82 Whitechapel High St, London E1 7QX.
- V&A Storehouse, Parkes Street, Queen Elizabeth Olympic Park, Hackney Wick, London E20 3AX.
SE LOGER
Si vous cherchez un hébergement de qualité, Londres regorge évidemment de possibilités, mais nos préférences vont à deux établissements raffinés, centraux, immanquables. Tout d’abord, non loin de la splendide cathédrale Saint-Paul, se dresse Hyde London City, charmant hôtel avec quatre étoiles sur le maillot pour un service absolument impeccable et un personnel alerte. Chambres spacieuses, calmes, literie de qualité et délicieuses vues sur Londres. Possibilité de se rassasier avec un copieux petit-déjeuner.
Une autre perle rare est à découvrir sur l’autre rive de la Tamise : The Hoxton, Southwark. Une adresse chaleureuse à l’ambiance plus urbaine mais toujours très chic. L’hôtel propose un restaurant mais aussi un café avec vue panoramique sur Londres, le Seabird. Les 192 chambres répondent au même degré d’exigence, entre décoration sophistiquée et indispensables au rendez-vous. Bien dormir ? Assurément, et même sur ses deux oreilles, avec un service ultra-compétent et à l’écoute. Le seul point négatif des deux établissements : il faudra un jour en repartir…
Les adresses :
- Hyde London City, 15 Old Bailey, London EC4M 7EF
- The Hoxton, Southwark, 40 Blackfriars Rd, London SE1 8NY
GASTRONOMIE
Tous les chemins culinaires mènent à Londres, qui propose un ahurissant florilège d’adresses du monde. De la gastronomie palestinienne avec Akub Restaurant à la cuisine chinoise de Mr Dumpling. Sinon, ne pas hésiter à suivre Hodge the Cat, gardien non officiel de la Southwark Cathedral, qui vous conduira dans les entrailles de Borough Market, situé juste à côté. Un fourmillant marché où trouver tout – et parfois n’importe quoi – pour ravir ses papilles, et notamment l’incontournable Fish and Chips de chez Fish!
Autre adresse à noter : Leydi pour un régal turc ! Le lieu est une délicieuse surprise qui propose notamment le meilleur houmous de Londres – et osons l’écrire, d’Angleterre. Large carte de drinks, de la bière au raki, carte maîtrisée où les mezzés servis avec du pain turc côtoient des spécialités culinaires d’Istanbul. Petite émotion supplémentaire au dessert avec la découverte du künefe, coquine pâtisserie à base de nouilles kadaïf qui ravira les plus gourmands.
Les adresses :
- Akub Restaurant, 27 Uxbridge St, London W8 7TQ
- Mr Dumpling, 10-12 Goldhawk Rd, London W12 8DH
- Borough Market, 8 Southwark Street, London SE1 1TL
- Leydi, 15 Old Bailey, London EC4M 7EF
UN TOUR EN VILLE
Royauté oblige, la journée commence devant l’imposant Buckingham Palace, pour essayer d’apercevoir le roi Charles III ou d’assister à la relève de la garde. Symbole toujours, direction ensuite les rives de la Tamise pour saluer Big Ben. Dans le quartier, pour les amoureux d’architecture ecclésiastique, prière de se rendre à Westminster Cathedral, splendeur de marbres et de mosaïques du sol… mais pas jusqu’au plafond !
Le manque de fonds en a fait un bâtiment à la décoration inachevée dans les hauteurs. Un contraste saisissant avec la richement ornée Saint Paul’s Cathedral. Pour s’y rendre, le mieux reste de se payer le luxe d’un tour en bateau, accessible au prix d’un voyage en métro.
Face au torticolis qui guette en vadrouillant entre les gratte-ciels de la City, ne pas hésiter à faire une pause à St Dunstan in the East, parc édifié autour des vestiges d’une église.
D’humeur littéraire ? Vos pas vous mèneront sûrement au 221B Baker Street, l’adresse de l’appartement – et maintenant du musée – consacré au célèbre détective imaginé par Sir Arthur Conan Doyle : Sherlock Holmes.
Les adresses :
- Buckingham Palace, Buckingham Palace Road
- Big Ben, 87-135 Brompton Road
- Westminster Cathedral, 42 Francis Street,, London SW1P 1QW
- St Dunstan in the East, St Dunstan’s Hill,, London EC3R 5DD
SORTIR
Londres est une ville des possibles aux innombrables ramifications, comme le démontre un des épicentres de la fête : Piccadilly Circus. Non loin se trouve Maison Assouline, établissement de la maison d’édition du même nom proposant livres et rafraîchissements au Swans Bar, logé dans un magnifique écrin.
Les amateurs de théâtre seront eux aux anges avec de nombreux établissements dont le vénérable Shakespeare’s Globe, reconstitué de l’antre qu’aurait connu un certain dramaturge homonyme.
Pour les amoureux de comédies musicales, l’Aldwych Theater ou les salles environnantes semblent tout indiquées. Pour les mélomanes, la très riche programmation du Royal Albert Hall saura convaincre tout le monde, même si certaines salles moins connues gagnent à être découvertes comme le Wilton’s Music Hall, tout simplement le plus vieux music-hall du monde encore en activité.
Les adresses :
- Maison Assouline, 196A Piccadilly, London W1J 9EY
- Shakespeare’s Globe, 21 New Globe Walk, London SE1 9DT
- Royal Albert Hall, Kensington Gore, South Kensington
- Wilton’s Music Hall, 1 Graces Alley, London E1 8JB
Dossier réalisé par Guillaume Fournier