À Limoges, le Frac-Artothèque Nouvelle-Aquitaine consacre « Pour la peau », l’exposition monographique à Julie Chaffort à l’occasion de la production de son film. Vidéos et installations y composent un récit sensible des liens entre les êtres vivants.

Pour qui a déjà eu l’occasion d’apprécier le travail de Julie Chaffort, il ne sera pas surprenant de retrouver un univers dans lequel des personnes et des lieux, a priori étrangers, s’entrecroisent, s’entrechoquent, s’harmonisent.

Chercher ce qui lie

Ainsi, de ces sujets sortis de leurs contextes, les singularités surgissent avec surprise, parfois dans un certain malaise, pour que finalement, notre regard perçoive leurs sensibilités. Dans les films et vidéos, des tableaux s’enchaînent dans un rythme long que l’époque actuelle ne pratique plus. Chaque protagoniste est traité avec la même importance. La nature, les bâtiments, les humains, les animaux. Ici on ne cherche pas ce qui les sépare, mais ce qui les lie.

Depuis les profondeurs d’une caverne, nos mémoires vacillent. De Lascaux, on ne se sait rien du pourquoi et juste un peu du comment. Sur les parois, des chevaux, taureaux et cerfs galopent, dessinés par des humains qui ont pris des risques pour créer. Les bêtes aux tons chauds semblent vibrer.

Ode à la vie

Dans son film Pour la peau, Julie Chaffort fait entrer des chevaux dans cette célèbre grotte. Vingt mille ans séparent ces équidés de leurs représentations. Au sol, ils piétinent des peaux tannées. Et voilà. Il suffit d’une séquence pour créer une ellipse temporelle. Depuis la peau, notre plus grand organe, l’artiste fait résonner ce qui fait corps dans notre société. Une relation entre ressources, gestes et transformations.

Ce dernier opus de l’artiste provient d’une invitation du Frac-Artothèque Nouvelle-Aquitaine à découvrir des entreprises du patrimoine vivant : tannerie, manufacture de chaussures, créateur de haute couture… Julie Chaffort en extrait un récit où les destinées, parfois discrètes, parfois funestes, sont clamées telle une ode à la vie.

D’autres œuvres complètent la monographie. Dans Printemps, des individus en flamme évoluent tranquillement en forêt. La multiprojection Vucijak expose le chuchotement comme support de relation sans violence entre homme et animal. L’installation Konj enferme de petits chevaux dans la boucle d’un manège sans fin. Dans Montagnes noires, deux groupes de moutons, les uns bruns, les autres blancs, dérivent impassibles sur des radeaux. S’y déploie, sans dogme, le monde comme il va : entre beauté, espoir, absurdité et sidération.

Hélène Dantic

Informations pratiques

« Pour la peau », Julie Chaffort,
jusqu’au samedi 28 mars,
Frac-Artothèque Nouvelle-Aquitaine, Limoges (87).