Jusqu’au 31 mars, les arts au mur artothèque à Pessac accueille le travail hautement spéculatif de Morgane Jouvencel baptisé » Genestra : seuil d’une photosynthèse tellurique.
Depuis vingt ans, chaque année, l’artothèque de Pessac convie un jeune talent dans le cadre d’une création d’exposition, soutenue par la DRAC Nouvelle-Aquitaine.
Lauréate 2025, Morgane Jouvencel, plasticienne originaire de Montpellier, vivant et travaillant désormais entre la Dordogne et Bordeaux, n’est pas une inconnue pour Anne Peltriaux et Corinne Veyssière, têtes pensantes du lieu, qui suivent de longue date son parcours.
Intrigant projet
Diplômée de l’ÉSAD de Pau, en 2020, puis de l’Ensad de Limoges, en 2023, Morgane Jouvencel tient sa première exposition personnelle en 2022, à Bordeaux, au Continuum. Depuis, elle a été sélectionnée par le CAC Meymac pour « Première, 29e édition », le CIAP de Vassivière pour une résidence en 2024, et le Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA à la faveur de « Primavera, primavera ». Et dès 2022, trois de ses dessins entrent dans le fonds de l’artothèque.
Donc, en toute logique, la voici s’emparant en version « carte blanche » de tout l’espace de monstration avec « Genestra : seuil d’une photosynthèse tellurique », ambitieuse proposition, soutenue par SG Sud-Ouest, avec l’aide précieuse du CHU Pellegrin et des adhérents de l’artothèque, qui ont collecté une belle quantité d’aluminium afin de mener à bien l’intrigant projet…
Imaginaire post-humain
Entre science-fiction, méta-biologie et imaginaire post-humain, et 3 tonnes de sable noir venues des bords de Loire, « Genestra » plonge physiquement le public dans une espèce de voyage sensoriel, où l’obscurité le dispute au silence, l’inquiétude au fantastique. Explorateur d’un paysage tout sauf terrestre, traversé de rares rais de lumière, et peuplé de colonnes vertébrales à mi-chemin des trophées de chasse de Predator et de mutations post-nucléaires, l’oreille en alerte à chaque pas crissant et le regard cherchant, angoissé, une issue, le visiteur ne croise ici rien d’humain.
Le paroxysme étant atteint dans une deuxième salle, aux murs d’un banc clinique, baignée d’un éclairage violent, où en son centre, un bassin laisse échapper en rhizomes une forme vivante, à la couleur d’étain, évoquant la créature de The Thing de John Carpenter et les corps en mutation chers à David Cronenberg.
Contamination non de la chair, ni du vivant, mais de cristaux d’urée réinventant le futur. Celui d’après l’anthropocène, où triomphe ce que nous ne soupçonnions, un peuple minéral définissant l’avenir du paysage, né dans une nurserie digne des cauchemars d’Alien…
Marc A. Bertin
Informations pratiques
« Genestra : seuil d’une photosynthèse tellurique », Morgane Jouvencel,
jusqu’au mardi 31 mars,
les arts au mur artothèque, Pessac (33).