La curatrice Élise Girardot transforme, avec L’Automne des idées, une résidence au Frac Poitou-Charentes en quête sur la mémoire, la disparition et les formes de transmission. Du crâne isolé du Quéroy aux œuvres rarement montrées de la collection, l’exposition tisse un dialogue entre récits historiques, traces intimes et temporalités profondes.

Souhaitant soutenir les pratiques curatoriales, le Frac Poitou-Charentes a invité la commissaire Élise Girardot en résidence afin de concevoir une exposition. La requête ? Définir un projet en lien avec le territoire et montrer des œuvres de sa collection qui ont peu été vues. En plus de son exploration des réserves du Frac, la curatrice s’est intéressée au musée d’Angoulême au crâne d’une femme découvert isolé dans les grottes du Quéroy.

À partir de cet os datant de l’âge du Bronze, Élise Girardot file une métaphore autour de la mémoire, de l’oubli, de la mort et de la réparation. L’exposition intitulée « L’automne des idées », d’après un vers de Charles Baudelaire, articule témoignages historiques et narrations nouvelles, des typologies de transmission qu’offrent les œuvres et qui entrent ici en résonance.

La collection à l’épreuve du temps

Les points d’entrée sont multiples. Par exemple, considérer la collection comme un agent de conservation avec ses règles et dispositifs propres. Mais ceux-ci ont été peu appliqués aux débuts de l’institution. En témoignent deux photographies dont les couleurs ont passé.

Patrick Tosani assume la colorisation rosée de son œuvre, quand la photo de Rodney Graham a bénéficié d’un retirage. L’ancienne image — vouée à la destruction — est exceptionnellement exposée aux côtés de son duplicata. Un bruissement émane de ces deux états, la vision d’une œuvre et de son fantôme, la mise en doute de ce patrimoine que l’on veut immortel.

Ailleurs, des œuvres qui transmettent des mémoires individuelles en prise avec des événements politiques et historiques. Des memento mori forcés par les drames de l’humanité. La vidéo de Clara Ianni qui dévoile les fosses communes où reposent les victimes de la dictature militaire brésilienne, le film de Meiro Koizumi où témoigne un Japonais — alors âgé de 7 ans — survivant d’un bombardement en 1945, les photos de Malala Andrialavidrazana qui explorent la diversité des architectures funéraires.

Quand la matière fait mémoire

Le temps humain y côtoie également les temps profonds de la géologie. À l’entrée, la sculpture de marbre de Philippe Amiel est dotée d’un minuscule passage, telle une brèche vers l’inconnu. Plus loin, les moulages de failles du littoral effectués par Mathias Mareschal : au contact du grès, les résidus des activités humaines se déposent et sont ensuite révélés lors de la cuisson tels des émaux colorés. À l’étage, dans un couloir, la vidéo de Kristina Solomoukha et Paolo Codeluppi met en scène une grotte depuis laquelle se diffusent le beat et les lumières d’une fête dépeuplée de tout être.

Le peu de présence humaine dans l’exposition illustre notre relation presque taboue à la décrépitude, à la finitude des existences et aux cycles de la vie. Mais le commissariat nous rattrape : au cœur de l’exposition, donnant sa tonalité à toute la scénographie, le dessin d’Élize Charcosset s’impose. Accroupi, un squelette rose pisse sur un crapaud. Dans cette danse macabre mêlée à une ancienne pratique de test de grossesse, la transmission apparaît comme impérieuse.

Hélène Dantic

Informations pratiques

« L’automne des idées »,
jusqu’au dimanche 3 mai 2026,
Frac Poitou-Charentes, Angoulême, (16).