Le travail collectif est le thème central de la 17e édition du festival filmer le travail se déroulant du 20 février au 1er mars. Maïté Peltier, directrice artistique de la manifestation, nous en dit plus.
Cette année, le festival met à l’honneur le travail collectif. Pourquoi ce thème et que révèle-t-il du monde du travail contemporain ?
C’est une thématique que nous avons choisie en équipe. Elle permet de questionner les conditions de travail, les hiérarchies et les expérimentations collectives pour repenser le travail. Le festival interrogera des formes de travail contemporaines, tout en faisant des allers-retours avec le passé, notamment autour de l’autogestion et des coopératives.
Le collectif n’est pas une entité homogène : c’est une somme d’individus, qui s’expérimente dans le temps, parfois avec des dissensions. L’idée n’est pas de dire qu’il résout tout, mais qu’il faut pouvoir le penser. Parler de travail collectif, c’est aussi parler de mobilisations, face à l’isolement, à l’atomisation du travail et aux nouvelles formes d’emploi qui fragilisent le collectif. Le festival s’intéresse enfin au travail collectif du cinéma lui-même.
Depuis ses débuts, le festival revendique un croisement entre cinéma et sciences sociales. Concrètement, comment ce dialogue se traduit-il ?
Le festival a été créé par un sociologue du travail et reste très lié à la recherche, notamment avec l’université de Poitiers et différents laboratoires. Chaque année, nous proposons des regards croisés cinéma-recherche. Cette année, plusieurs moments sont consacrés à l’autogestion et à la démocratie au travail à partir d’un film de Chris Marker, aux luttes féministes, écologistes, et syndicales, aux mobilisations et résistances, ainsi qu’aux collectifs de travailleurs sans-papiers et aux questions migratoires.
L’idée est de construire un parcours sur dix jours, fait d’allers-retours entre cinéma, recherche et histoire, pour faire dialoguer les œuvres, les savoirs et les enjeux politiques contemporains.
Parvenez-vous à toucher les travailleurs eux-mêmes – ceux qui sont filmés – au-delà du public habituel des festivals ?
Ce n’est pas toujours évident : les personnes vivant ces situations ont-elles envie de se retrouver le soir face aux mêmes questionnements dans une salle de cinéma ? Cela étant, on y arrive parfois. Pour L’Histoire de Souleymane, par exemple, on avait invité des livreurs à vélo afin de les impliquer directement dans les échanges.
Sur d’autres films, notamment autour du soin ou de la formation, ce sont des élèves infirmiers ou sages-femmes qui viennent. Il y a toujours des personnes concernées dans les salles, même si on ne les identifie pas forcément.
C’est un travail de groupe pour arriver à les toucher ?
Oui, cela demande à chaque fois de toucher les bons réseaux, de travailler avec des associations relais, des écoles, des syndicats ou des structures professionnelles. Pour certains films, notamment sur le monde paysan ou l’écologie, nous avons travaillé avec la Confédération paysanne, et des travailleurs étaient présents pour témoigner de leurs difficultés.
C’est parfois difficile à évaluer en termes de proportion, mais il y a bien des travailleurs et des travailleuses dans les salles. Tous les films sont accompagnés d’intervenants et suivis d’un temps d’échange : aucune projection n’est montrée seule. Ces moments permettent aux personnes directement concernées de témoigner, d’échanger sur leurs conditions de travail et de trouver un espace de parole et de reconnaissance.
Propos recueillis par Salomé Menu
Informations pratiques
Filmer le travail,
du vendredi 20 février au dimanche 1er mars,
Poitiers (86).