À l’initiative de Bordeaux Rock, projection unique le 22 janvier au Mégarama Bastide du documentaire Initiales BB : une année avec Bertrand Burgalat, cosigné Aguérine Zar et Sacha Trehorel, et produit par Jean-Pierre Montal et Thomas Ducres, fondateur de Gonzaï, qui en parle ici.

Quelle est l’origine de ce projet ?

Le constat de départ est arrivé en 2023, réalisant que Tricatel allait fêter ses 30 ans en 2025 sans qu’aucun documentaire n’ait jamais été réalisé ni sur le label, ni sur son père fondateur, Bertrand Burgalat. Chez Gonzaï, nous sommes loin de nous la jouer chevalier blanc à vouloir réparer des injustices, mais ce trou médiatique nous semblait totalement illogique, à la fois compte tenu de la qualité des productions depuis les débuts, mais aussi de la position actuelle de Burgalat, à la manœuvre sur tant de postes (musicien, journaliste, patron du SNEP, etc.).

Nous avons donc saisi l’opportunité de l’enregistrement de la bande originale de la série Ça, c’est Paris ! par Marc Fitoussi pour le suivre sur un peu plus d’une année, afin d’éviter l’écueil du documentaire traditionnel à base de témoignages hagiographiques, en misant tout sur le récit de son quotidien actuel, en alternant séquences de vie, scènes en studio et interviews des personnes proches de Tricatel.

Figure atypique, BB a plus d’un visage. Lequel vous fascine le plus ?

C’est la multiplicité du personnage qui me semble fascinante. Burgalat possède non seulement une vision acérée de l’industrie du disque et de son évolution depuis les années 1980, mais c’est également un entrepreneur, un styliste (au sens global du terme), un homme passionné de littérature, de politique, et qui est même allé jusqu’à lancer une association nommée Diabète et méchant, qui prend position sur une maladie dont il est également victime.

Bref, c’est le fait qu’à un âge où d’autres revendent leurs parts dans des startups pour s’acheter une villa secondaire lui continue d’avancer qui est fascinant ; le plus incroyable étant qu’il se plante rarement dans ses choix. Tout cela demande une abnégation terrible et on ne peut pas nier que nous ne manquions de subjectivité puisque nous suivons Tricatel depuis plus de 20 ans, coûte que coûte.

Tricatel et Gonzaï partagent beaucoup dans l’éthique et le combat. Était-ce une inspiration et ce documentaire une forme d’hommage ?

Pas un hommage, mais un modèle, oui. Renforcé par le fait que beaucoup d’entre nous ont grandi avec des disques de Tricatel, posés sur la table de chevet. Il y a cet aspect artisanal dans ces deux « entreprises » culturelles : l’amour du travail fait à la main, les mains pleines de cambouis dans le moteur. Cela force le respect dans le cas de Tricatel, et ce depuis Bertrand Burgalat meets A.S Dragon jusqu’à Présence humaine de Houellebecq en passant par tous les disques de Chassol ou, plus récemment, de Rémi Klein.

INITIALES BB : une année avec Bertrand Burgalat épouse-t-il les codes du documentaire musical ou bien se pose-t-il tel un manifeste ?

Manifeste, non. Ce serait hautement prétentieux pour un premier documentaire musical. Toutes proportions gardées, nous avons préféré opter pour l’école Strip Tease, en jouant sur l’observation et la frustration du spectateur obligé de relier les points par lui-même plutôt que de jouer sur l’overstatement consistant à lui expliquer dans chaque scène que la personne qu’il voit à l’écran est un génie de son temps. En ce sens, Initiales BB dure 52 minutes et c’est certainement moitié moins que ce que Burgalat aurait mérité.

« Pour qui veut faire carrière dans la musique comme dans tout autre art je suppose, le plus long, ce sont les 30 premières années. »

Nous préférions limiter le temps pour donner envie à qui le souhaite de continuer le chemin au-delà du documentaire, en remontant la discographie. Il y a quelque chose de passionnant à découvrir l’œuvre pléthorique d’une personne encore vivante ou, dans un autre genre, à découvrir les coulisses de la vie d’un créateur. C’était l’idée, et surtout en tentant d’éviter de se fourvoyer dans le piège consistant à faire comme tout le monde (empiler les témoignages, placer une voix off, adopter un ton grand public) pour un résultat proche de zéro.

Pourquoi sa reconnaissance est-elle inversement proportionnelle à son influence ?

Le plus dur, c’est de durer. Dit autrement, pour qui veut faire carrière dans la musique comme dans tout autre art je suppose, le plus long, ce sont les 30 premières années. Éviter les compromis, la facilité, éloigne du succès immédiat ; cela condamne à une réussite sur le tard.

Dans le communiqué presse qui accompagne le docu, nous parlons d’un destin au croisement entre les vies d’Eddie Barclay, Daniel Filipacchi et Rocky Balboa. Je crois que c’est un bon résumé. Selon moi, Bertrand gagne à la fin, mais il lui a fallu plus de 3 décennies !

Marc A. Bertin

Informations pratiques

Initiales BB : une année avec Bertrand Burgalat,
Jeudi 22 janvier, 20h30,
Mégarama Bastide, Bordeaux (33).

Disponible à l’achat ou à la location sur la plateforme Vimeo.