À découvrir au Confort Moderne, à Poitiers, l’œuvre puissante de Kubra Khademi qui, marquée par les violences patriarcales et les oppressions, fait du corps féminin un lieu de résistance et de réinvention des récits fondateurs.

Huit minutes. C’est le temps qu’a duré Armor, la performance qui a contraint Kubra Khademi à fuir l’Afghanistan. En 2015, à Kaboul, l’artiste traverse l’espace public vêtue d’une armure de métal augmentant les seins et les fesses par des formes massives : son corps devient une cible, couvert d’injures, de gestes obscènes, puis de menaces de mort.

Résister à la violence du patriarcat

L’art qui l’a contrainte à s’exiler en France est aussi celui qui lui a permis de résister à la violence du patriarcat dans lequel elle a grandi. Sans connaître l’existence du mot féminisme, elle a ressenti, dès son plus jeune âge, que donner une place au corps des femmes était une bataille. Petite, elle dessinait déjà, en cachette. Sur de petits formats, elle saisissait des portraits de femmes à la sortie du hammam.

Promise à un mariage forcé, Kubra Khademi parvient à faire basculer sa destinée en convainquant sa famille qu’elle devait suivre des études d’art, d’abord à Lahore, puis à Kaboul. Elle y découvre la pratique de la performance. Ce corps qu’elle avait réussi à soustraire à la condition d’épouse, est aussi celui qui, incarnant Armor, l’a conduite à l’exil.

La nudité comme un geste politique

Dans son travail, la nudité est une stratégie de survie et un geste politique. En réaction au contrôle, à la menace et à l’effacement, elle fait des corps dénudés les lieux d’une résistance libre et frontale. N’ayant plus besoin d’être cachées, les gouaches représentent des figures féminines qui se développent désormais sur de grands formats. Son histoire, celle de son pays, celle de la colonisation s’y croisent dans un récit des systèmes de domination.

L’exposition présentée au Confort Moderne, à Poitiers, s’intitule « L’origine de l’univers », une allusion au célèbre tableau de Gustave Courbet dont l’impudeur du sexe féminin qui s’offrait au regard avait fait scandale.

L’artiste reprend ce motif de façon récurrente, détournant au passage une histoire de l’art écrite et dominée par les hommes en des scènes où la femme est affirmée, jambes écartées, dans sa capacité de création. Au fil des œuvres, l’exercice de domination, qu’il soit d’origine perse ou occidentale, est renversé au profit d’un rapport de force féminin qui installe, en majesté, de nouvelles mythologies fondatrices.

Hélène Dantic

Informations pratiques

« L’origine de l’univers », Kubra Khademi,
jusqu’au dimanche 19 avril,
Le Confort Moderne, Poitiers (86).