Pour sa première exposition temporaire depuis sa réouverture en mai 2025, le musée national des Douanes invite à larguer les amarres. Entretien pour sortir de la brume avec Aurélie Guichemerre, conservatrice du musée.
Pourquoi avoir choisi ce sujet d’exposition ?
Nous avons souhaité explorer les missions de la Direction nationale garde-côtes des douanes [DNGCD, NDLR], méconnues du grand public, et retracer son évolution depuis le XVIIIe siècle. Une direction jouant un rôle essentiel dans la surveillance maritime, la lutte contre les trafics et la protection du commerce. La DNGCD a impulsé ce projet d’exposition, qu’elle a souhaité réaliser avec l’équipe du musée afin de construire un discours à la fois historique et contemporain. Elle a apporté son regard professionnel et son expérience du monde maritime. Cette exposition est la première dans ce nouvel espace dédié, à la suite de la rénovation du parcours scénographique du musée national des Douanes.
Comment le rôle de la garde-côtes est-il mis en avant ?
La garde-côtes réunit à la fois les agents en mer, les marins, et ceux dans les airs, les pilotes. Aussi l’exposition met-elle en lumière la naissance de cette mission ancienne, puisqu’un arrêt de 1719 autorise déjà l’armement de « pataches » (petites embarcations) par la Ferme générale, ancêtre de la douane. Cette décision permet de développer sa surveillance au large des côtes, en complément de la surveillance terrestre du littoral exercée sur les chemins des douaniers. L’évolution des embarcations et des moyens aériens constitue la force de la garde-côtes, qui mène en 2019 à la création de la Direction nationale garde-côtes des douanes. C’est la première administration civile à la mer et la douane déploie ses moyens maritimes et aériens sur le deuxième domaine maritime le plus étendu au monde.
Que pourra-t-on voir dans l’exposition ?
L’exposition allie les collections historiques du musée aux objets utilisés quotidiennement par les douaniers aujourd’hui. On découvre l’univers aéro-maritime de façon très variée. « Pataches », petites embarcations, felouques, patrouilleurs, vedettes garde-côtes, hélicoptères et autres avions bimoteurs se côtoient. Cela permet de découvrir un échantillon des moyens mis à disposition par la DNGCD pour protéger les côtes, surveiller et contrôler. À travers des maquettes, mais aussi l’univers visuel des cartes postales ou des photographies, le visiteur peut s’imprégner des métiers. On y découvre également de grandes affaires qui ont défrayé la chronique.
Combien de pièces seront exposées au total ?
Une centaine, issue des collections du musée, mais aussi des directions douanières ou du terrain. Tout ceci permet d’illustrer la diversité des collections et de croiser différents points de vue sur l’histoire et les activités actuelles de la douane maritime.
La direction de Nantes propose, par exemple, une magnifique barre de bateau, caractéristique de l’univers maritime, ou des vestiges issus d’une saisie réalisée à l’issue d’une fouille sauvage. D’autres pièces viennent du Havre (un célèbre guidon…), de La Rochelle (parkas, jumelles, éléments de pavois) ou de Mérignac (combinaison de pilote).
Comment la scénographie a-t-elle été pensée ?
Conçue par l’équipe muséale, elle s’insère dans un nouvel espace de 80 m². Elle est organisée intuitivement le long des cimaises et passe simplement d’un bloc à l’autre. L’espace propose une lecture claire des thématiques, ponctuée d’infographies et de deux dispositifs multimédias permettant des focus précis sur certains sujets. L’exposition constitue également une étape importante pour tester de nouvelles approches muséographiques et préparer les projets à venir.
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Pouvez-vous nous en dire plus sur cette création sonore proposée ?
L’équipe du musée et la DNGCD ont souhaité proposer un contenu original et immersif. L’idée était de rendre audible le quotidien des douaniers en mer, ce qui reste habituellement invisible, et de le raconter de manière sensorielle. La création sonore est composée de sons enregistrés au large de La Rochelle, sur la vedette garde-côtes DF32 Seudre, par les artistes Rupilly et Franco Mordehai. Elle accompagnera le visiteur tout au long de la visite. Il pourra ainsi ressentir différents aspects du métier : la navigation, les contrôles, mais aussi la dimension humaine du travail des marins douaniers.
Une salle lui sera-t-elle dédiée ?
L’espace d’exposition temporaire est intégré au sein de la halle du XVIIIe siècle, séparé du parcours permanent par une frontière de vitrines. Outre la diffusion de la bande-son au sein du parcours, une borne numérique permettra également l’écoute augmentée de capsules sonores plus intimes et immersives, au casque.
Propos recueillis par Guillaume Fournier
Informations pratiques
« La douane aux frontières du large », du jeudi 2 avril au dimanche 22 novembre, musée national des Douanes, Bordeaux (33).
Vernissage jeudi 2 avril, 18h.