Jusqu’au 9 mars 2026, le musée des Beaux-Arts de Limoges célèbre non seulement le centenaire d’un style, mais aussi la munificence d’une ville riche d’exceptionnels savoir-faire avec Faire moderne ! 1925, Limoges Art Déco.

Au titre des nombreux mérites de cette exposition au commissariat tripartite — Alain-Charles Dionnet, Jean-Marc Ferrer et François Lafabrié —, apprendre l’existence de la VIIe Région économique à l’Exposition de 1925 ! Soit un très grand Limousin, englobant Périgord et Charente.

Rien de surprenant, l’entre-deux-guerres demeurant un âge d’or de la métropole, sacrée capitale des arts du feu sous le Second Empire, reliée à Paris par le train dès 1856, atteignant 100 000 habitants, et reconnue mondialement pour son industrie porcelainière et nationalement pour celle de la chaussure. De quoi nourrir force ambitions.

Par ailleurs, Limoges est alors ouverte à la modernité comme aux arts à l’instar de la galerie des frères Dalpayrat, qui, à partir de 1903, accueille Armand Guillaumin, Kees van Dongen, Francis Picabia et organise la première exposition en province dédiée au cubisme. Une effervescence en outre renforcée par le goût sûr de grandes familles : Pautet, Haviland, Tarnaud et surtout Monteux, mécènes possédant une des plus belles collections de France.

Tout est donc en place pour la venue du pavillon régional, dit « de Limoges », abritant en son sein 57 exposants et toute la diversité des productions limousines d’arts appliqués modernes : porcelaine, émail, vitrail, tapisserie, ganterie, reliure et mobilier.

Dévolue aux arts décoratifs et industriels

Si l’Exposition des arts décoratifs et industriels modernes de 1925 ouvre ses portes le 28 avril — occupant 23 hectares entre l’esplanade des Invalides, le pont Alexandre III et le cours la Reine —, son projet, lui, remonte à 1909, à la suite de l’immense succès de l’Exposition universelle de Paris en 1900 et ses 50 millions de visiteurs !

Initialement prévue en 1913, la Première Guerre mondiale oblige à reporter l’événement en 1915, 1916, 1922, 1924, et, enfin… 1925 ! Autre élément de taille : la fondation, en 1901, de la Société des artistes décorateurs, dont l’objectif est de réunir les membres des différentes corporations pour mieux les défendre. Ainsi, l’orientation de l’Exposition est uniquement dévolue aux arts décoratifs et industriels, les Beaux-Arts n’y figurant pas.

Toutefois, le Grand Palais abrite la section de l’Enseignement, et les œuvres des écoles d’art, dont celle d’Aubusson. Certes, 1925 n’est pas « universelle », mais n’en reste pas moins internationale, avec une vingtaine de pays participants ; les voisins du Pavillon de Limoges s’appellent Belgique, Japon et Autriche.

L’excellent d’un territoire

Riche de 350 œuvres, le parcours fait revivre le bouillonnement d’un événement exhortant fabricants, artisans et artistes à répondre au mot d’ordre — « Faire moderne » — tout en présentant l’excellent d’un territoire. Cependant, l’Art Nouveau, raillé sous le sobriquet « art nouille », n’est pas encore supplanté. Motifs floraux, animaliers et nus dominent encore les créations.

À vrai dire, c’est plutôt l’affirmation du style 1925 — qui fera florès dans le Nouveau Monde —, un style de transition, dédié au luxe et à l’élégance, qui n’abandonne pas courbes et débordements loin des précis d’épure et des motifs géométriques typiques de l’Art Déco. La présence des grands magasins (Bon Marché, Printemps) renforce ce triomphe du raffinement « à la française ».

Et Limoges en prend sa part, des sublimes vitraux du maître-verrier Francis Chigot (distingué par un Grand Prix) à la maison A. Dony, qui confectionnera les 3 000 costumes des gardiens, des vases monumentaux de René Crevel aux sublimes dessins d’Henriette Marty, émailleuse surdouée d’à peine 23 ans, des Hippocampes de Paul Bonnaud (1876-1953), maître émailleur (qui avait participé à l’âge de 24 ans à l’Exposition universelle de Paris de 1900) aux fastueux décors de porcelaines réalisés pour la manufacture Robert Haviland par Suzanne Lalique-Haviland, Édouard-Marcel Sandoz, Jean Dufy, Umberto Brunelleschi ou Camille Cless-Brothier.

« l’art de 1900 fut l’art du domaine de la fantaisie, celui de 1925 est du domaine de la raison »

Et que dire des pièces de François Henri Faureau, diplômé de l’École nationale d’art décoratif d’Aubusson, qui décroche une médaille d’argent notamment pour le panneau Solitude verdure, tissé en 1923, et pour un écran de cheminée Canards, tissé en 1925, présenté dans une étonnante et imposante monture en métal designé par le Bordelais Pierre Chareau ?

Le 8 novembre 1925, ce point culminant des Années folles, s’achève. L’éphémère Pavillon de Limoges détruit, beaucoup de ses trésors se volatilisent hélas à jamais. Pour le peintre Charles Dufresne, « l’art de 1900 fut l’art du domaine de la fantaisie, celui de 1925 est du domaine de la raison », rien n’est moins certain. En revanche, Limoges étincela comme rarement.

Marc A. Bertin

Informations pratiques

« Faire moderne ! 1925, Limoges Art Déco »,
jusqu’au lundi 9 mars 2026,
Musée des Beaux-Arts, Limoges (87)