Du 23 janvier au 7 juin, le Centre d’art de la photographie de Bergerac présente la première exposition française consacrée à Tobias Zielony baptisée « les nuits électriques ».
Né en 1973, à Wuppertal, land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Tobias Zielony a étudié la photographie documentaire à l’université de Newport (Pays de Galles), puis la photographie d’art à l’Académie des Beaux-Arts de Leipzig (land de Saxe).
Son travail a notamment été présenté dans le pavillon allemand lors de la 56e Biennale de Venise, en 2015, et à la foire Paris Photo, en 2017. En 2019, la Galerie Kow, à Berlin (où il réside), lui consacrait une exposition personnelle « Make Up ».
En marge de la société
Dès ses débuts, il prend comme sujets de travail des jeunes gens en marge de la société, en proie à la pauvreté et au désœuvrement, dans la lignée de son compatriote Wolfgang Tillmans ou de la légende américaine Nan Goldin. En outre, il opère le choix délibéré d’une photographie plasticienne, aux ambiances nocturnes, ouatées et colorées ; effets obtenus par une technique de longs temps de pose.
Ce parti pris lui permet de placer ses modèles hors du cadre sociologique et documentaire à travers lequel ils sont habituellement traités. Ni héroïques, ni désespérés, ses modèles sont des figures anonymes, flottant au sein d’une étrange féerie, entre barres de béton et friches industrielles. Toutefois, il s’inscrit dans une certaine tradition ethnographique au regard du temps qu’il passe sur le terrain pour chaque série – plusieurs mois, voire années.
Sans voyeurisme ni complaisance
La violence de certains sujets est parfois atténuée par le caractère intime et presque anecdotique des images. Avec Jenny Jenny (2011-2013), Zielony filme et photographie les prostituées d’une maison close à Berlin, sans voyeurisme ni complaisance. Pour la série Maskirovka, il explore le milieu techno et queer de l’Ukraine post-Maïdan. Désenchantés par une révolution sans lendemain, ces jeunes Ukrainiens, en faisant la fête, s’amusent à détourner les codes du genre ou de la guerre (maskirovka désignant une technique de camouflage militaire).
Le récipiendaire du Karl-Ströher-Preis (2011) se dit intéressé par la manière qu’ont les personnes de se mettre en scène dans l’espace public ou devant un photographe. Plus que tout, c’est le principe d’autodétermination chez les individus qui l’anime, idée palpable lorsqu’il s’empare de sujets d’actualité comme la lutte de réfugiés pour leurs droits (The Citizen, 2015).
L’ombre de la guerre contre la Russie en Ukraine
Au centre d’art de la photographie de Bergerac, sous le commissariat de Benoît Lamy de La Chapelle, Tobias Zielony présente deux séries de photographies, accompagnées d’une œuvre vidéo, présentant des grands ensembles d’architectures utopiques à Naples et la jeunesse qui y a grandi et y vit (Overshoot, 2024 et Vele, 2009-2010) ; une autre série présentant des jeunes des communautés LGBTQIA+ et techno, issus de quartiers périphériques de Kiev, alors que la guerre contre la Russie n’était pas encore officiellement déclarée mais bien présente (Maskirovka, 2017) ; et une série mesurant les conséquences de la guerre en Ukraine, via les coupures d’électricité en Moldavie, pays limitrophe, et les occupations nocturnes de sa jeunesse (Electricity/Afterimages, 2023).
« Je ne veux pas faire le portrait de personnes en situation de victimes ou de marginaux. J’ai donc travaillé avec des gens qui avaient eux-mêmes décidé de se rendre visibles dans la sphère publique. »
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Informations pratiques
« Les nuits électriques », Tobias Zielony,
du vendredi 23 janvier au dimanche 7 juin,
Centre d’art de la photographie de Bergerac—Espace Romain-Rolland, Bergerac (24).
Vernissage en présence de l’artiste, jeudi 22 janvier, 18h.
Œuvre du café : rencontre avec l’artiste, vendredi 23 janvier, 13h-13h30.
Visites focus sur une œuvre de l’exposition : mercredi 11 février, 18h ; mercredi 11 mars, 18h ; mercredi 15 mars, 18h ; mercredi 13 mai, 18h.