En compagnie de Fanny de la Croix et Benjamin Demay, l’humoriste et comédien Maxime Gasteuil, originaire de la région, prend les rênes de l’exploitation du théâtre du Château Descas, à Bordeaux. Présentation sous forme d’entretien du projet pour cette salle de 600 places avant le premier lever de rideau prévu le 17 mars.

Investir dans un théâtre à Bordeaux, est-ce une forme de Retour aux sources [titre de son dernier spectacle, NDLR] pour vous ?

Maxime Gasteuil : Depuis 5-6 ans, Benjamin Demay cherche à s’occuper de structures telles que celle-ci à travers la France. L’opportunité nous tombe dessus, à Bordeaux, ce qui est assez magique pour moi. C’est aussi la suite logique des relations tissées par Fanny Delcroix, Benjamin et le propriétaire du lieu, Éric Abidat. Je suis honoré de faire partie de cette aventure qui prend place dans un endroit aussi iconique de Bordeaux.

Le Château Descas, ce n’est pas la tour Eiffel, mais c’est un monument qui captive le regard. En tout cas, c’est un challenge de faire comprendre aux Bordelais et aux autres qu’il y a un nouveau lieu dingue qui accueille de l’art à deux pas de chez eux, avec possiblement bientôt un comedy club, un restaurant, un kids club

Benjamin Demay : Nous parlons beaucoup entre nous du lieu idéal, où nous aimerions aller en tant que spectateurs, ce qui nous pousse à nous poser des questions sur l’accueil que l’on aimerait offrir, ce que l’on aimerait voir dans cette salle… Tout ça pour essayer de trouver une énergie qui est celle que nous voulons insuffler au théâtre.

Quel sera votre rôle dans ce nouveau projet ?

M.G. : Moi, je suis un peu l’ambassadeur. Je prêche la bonne parole pour que les artistes et la presse s’intéressent au lieu. J’en parle aussi à travers mes réseaux sociaux, etc.

Quelle sera la programmation du lieu, quel est votre projet pour cette salle ?

Benjamin Demay : Il y aura bien sûr de l’humour. Notre premier lever de rideau, le 17 mars, est d’ailleurs un plateau d’humoristes, La Cour du Mic, avec, entre autres, Waly Dia, Philippine Delaire, Alexis Le Rossignol, Laurie Peret… Mais il y aura aussi d’autres propositions. Nous voulons installer du théâtre avec des pièces jouant pendant deux ou trois semaines, du spectacle pour enfants… Il y aura de la diversité.

M.G. : Surtout, il n’y a pas cette jauge de 600 places à Bordeaux. Il y a des salles de 200 places comme le Trianon, des salles plus grandes comme le Femina ou le Pin Galant. Le Château Descas est vraiment une place rêvée pour le théâtre, avec la taille du plateau, les coulisses, les décors possibles, etc.

B.D. : Les écrans qui prolongent la scène nous permettent d’imaginer d’autres formats, avec du mentalisme ou des propositions plus immersives. Nous collaborons aussi avec Fever pour mettre en place les Candlelight, les concerts à la bougie. L’objectif est de 80 représentations la première année, 150 la deuxième, et 200 au bout de la troisième année.

Nous avons un contrat de cinq ans renouvelables avec Éric, qui nous a confié la gestion complète du théâtre. À nous de le faire vivre, avec la liberté de pouvoir investir d’autres parties du château, avec en réflexion un comedy club, au rez-de-chaussée, pour 80 personnes, par exemple. Il nous a un peu donné les clés du château.

Votre arrivée coïncide avec un moment où il se passe beaucoup de choses à Bordeaux, avec notamment l’arrivée de Jérémy Ferrari au Femina (lire aussi édition de novembre). Y a-t-il une concurrence entre tous ces projets ?

M.G. : Non, ils vivent ensemble ! Jérémy Ferrari n’est pas venu ici nous dire : « Bande d’enculés, cassez-vous ! » Surtout qu’il n’est pas bordelais, donc il ne fera pas la loi ici ! (Rires). Benjamin est très ami avec Dark Smile Productions, la société de Jérémy Ferrari. Il y a aussi une question de jauge et d’emplacement. Nous ne sommes pas voisins du Femina et nous n’avons pas la même jauge. C’est additionnel, pas compétitif.

B.D. : Nous avons signé le contrat tout début janvier. Une demi-heure après, nous avions Jérémy au téléphone. Nous étions dans une dynamique de collaboration, car nous ne sommes pas sur les mêmes jauges. Peut-être que 600 places sont plus indiquées pour des artistes qu’il produit, et inversement pour des artistes que nous produisons et qui souhaitent aller dans une plus grande salle.

Et sur le comedy club, alors que Jérémy Ferrari a aussi exprimé sa volonté d’en créer un en centre-ville ?

M.G. : Il y a plein d’artistes bordelais qui ont envie de se faire connaître. Ils jouent déjà dans pas mal de comedy clubs existants à Bordeaux, dont le Gina, et ils auront une nouvelle scène. Comme à Paris, où un humoriste peut enchaîner quatre ou cinq plateaux d’humour dans la soirée. Une activité qui lui permettra peut-être un jour de faire le Trianon, le Château Descas ou le Femina.

B.D. : Nous ne pouvons plus voir les choses comme de la concurrence mais comme de la complémentarité. Il y a quasiment un million d’habitants sur le territoire métropolitain. Un comedy club, c’est 80 places. On peut considérer qu’il y a la place pour trois comedy clubs de 80 places par soirée, voire plus.

Qu’attendez-vous pour cette première année ? Vous avez signé début janvier, la première représentation est le 17 mars, tout va aller très vite… Votre programmation est-elle déjà établie ?

B.D. : Nous avons déjà une trentaine de dates établies et signées avant l’été. Maintenant que l’annonce de la gestion du théâtre est officielle, nous allons voir plus loin.

M.G. : Il nous fallait la validation de tout le monde pour maintenant nous atteler à la suite. J’ai déjà commencé à en parler sur mes réseaux et à mon entourage, et beaucoup m’ont demandé des informations pour découvrir cet endroit. Franchement, je pense que ce lieu va vivre et que tout va se passer sur les chapeaux de roue.

Des travaux en vue ?

B.D. : Notre chance, c’est qu’Éric les a faits avant notre venue. Nous mettons juste les pieds sous la table ! Il y aura tout de même un peu d’aménagement, notamment pour les loges, ainsi que de la décoration. Nous avons envie d’être chez nous. Mais c’est du détail : le gros est déjà fait — la salle, les écrans, la technique. 90 % du chemin est accompli.

M.G. : Nous avons quatre murs qui tiennent, avec un super beau théâtre à l’intérieur.

Vous avez envie de faire de la création, d’accueillir des résidences d’artistes ?

M.G. : Bien sûr. Éric en a très envie et nous poussons dans cette direction-là. Il y a de la place, donc il peut y avoir de la création et de la répétition. Nous pouvons établir un projet et le tester ensuite, c’est magnifique. Le lieu de résidence est fabuleux, avec beaucoup de liberté.

Quelles sont vos attentes durant ces premiers mois ?

M.G. : Nous allons vite voir si ça prend avant l’été, et la programmation de l’automne sera décisive. La mise en route va durer jusqu’en janvier prochain.

B.D. : Nous commençons à poser des dates jusqu’en 2027. Le gros de la programmation va arriver en septembre prochain et prendra son rythme de croisière à partir de janvier 2027. C’est un temps de gestation long, mais nous sommes là pour plusieurs années. Nous voulons nous ancrer et devenir un véritable acteur culturel de Bordeaux.

Avec quelques spectacles inédits pour créer l’événement ?

M.G. : La présentation de mon nouveau spectacle sera ici. Nous allons faire les 15 à 20 premières dates de mon troisième spectacle — qui sera fini, pas en rodage — ici, au théâtre du Château Descas, en 2027. Il faut juste encore caler le mois.

Propos recueillis par Guillaume Fournier

Informations pratiques

Soirée d’inauguration – La Cour du Mic (présentée par Philippine Delaire & Elies Zoghlami) : Laurie Peret + Waly Dia + Alexis Le Rossignol + Gérémy Crédeville,
mardi 17 mars 2026 -20h,
Château Théâtre Descas, Bordeaux (33).