Le musée des Beaux-Arts de Bordeaux accueille un nouveau dialogue entre une toile de maître et le travail de la plasticienne allemande Barbara Schroeder.
C’est à la suite de sa récente exposition « Au cœur de leur ombre », à la BAG Gallery, que Sophie Barthélémy, directrice du musée des Beaux-Arts de Bordeaux, a relancé une invitation à Barbara Schroeder. Née à Kleve, Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, en 1965, l’artiste qui vit et travaille à Teuillac, en Haute-Gironde, est une habituée de ce « judicieux contrepoint contemporain », selon les termes de Sophie Barthélémy, qui apprécie « ses réflexions sur le monde paysan et les pratiques séculaires ».
Dimensions colossales
Pour cette troisième fois, Barbara Schroeder a eu tout loisir de choisir un tableau, jetant son dévolu sur La Leçon de labourage (1798) de François-André Vincent. Cette huile sur toile, aux dimensions colossales (213x313cm), fut acquise par la Ville de Bordeaux en 1830. « Son message m’a profondément interpellée. Quand on l’observe attentivement, on constate une profonde contradiction entre la représentation d’une noblesse sophistiquée et la brutalité du paysan au même rang que ses bêtes de somme. »
Pour interagir avec cette allégorie du labeur ingrat ne souffrant que peu de repos, Barbara Schroeder déploie un florilège de ses créations, à parts égales entre céramique et… bouse de vache. « Je suis fascinée par l’idée du cataplasme utilisant la bouse en Inde et j’ai un grand amour pour les vaches, hélas de plus en plus rares dans nos paysages viticoles. »
Une « croûte » entièrement enduite de bouse
Ainsi, le regard croise Paysage (série Wundheilung, 2025), une « croûte » entièrement enduite de bouse, nuance caramel, proche d’un monochrome, mais aussi Terres mêlées (2026), diptyque d’assiettes réalisées en Corée, « chinées sur la plateforme leboncoin® pour leur incroyable kitsch jusque dans les dorures », reproduisant deux chefs-d’œuvre de Jean-François Millet : Des glaneuses (1857) et L’Angélus (1857-1859) ainsi que Café nature (série Table de Germaine, 2023), extrait de la série en constante évolution Le Banquet. « Chacun de ces artefacts est recouvert de bouse fraîche, mêlée à de la chaux, par précaution sanitaire, qui altère la couleur. »
Et provoque une sacrée stupéfaction. À l’inverse des pièces en porcelaine de Limoges — Pelle (série Les Semaines blanches, 2025), À bout de bras (série 12 kilos, 2025) et Pommes de terre (2014) —, reproductions plus vraies que nature d’outils et de tubercules.
Soit 7 pièces, dont un bronze (de bouse), questionnant de manière autant malicieuse que profonde le rapport à la paysannerie comme au vivant.
Marc A. Bertin
Informations pratiques
« Regards croisés contemporains avec Barbara Schroeder »,
jusqu’au mardi 26 mai,
Musée des Beaux-Arts de Bordeaux, aile Lacour, Bordeaux (33).