Jusqu’au 25 mai, le Rijksmuseum, en collaboration avec la Galerie Borghese, proposent « Métamorphoses », une exceptionnelle plongée artistique jonglant entre les époques et les arts pour montrer la puissance d’inspiration de l’œuvre d’Ovide.
Des chefs-d’œuvre de toutes les formes et de toutes les époques rassemblées pour un dialogue inédit et passionnant. Voilà comment résumer en peu de mots l’exposition « Métamorphoses », actuellement visible jusqu’au 25 mai au Rijksmuseum d’Amsterdam, aux Pays-Bas.
Portée depuis trois ans en étroite collaboration avec la Galerie Borghese de Rome, où elle voyagera ensuite, la manifestation mise sur la qualité avec un impressionnant assortiment de grands noms de l’histoire de l’art, de Giuseppe Arcimboldo à Louise Bourgeois en passant par Nicolas Poussin, René Magritte ou encore Le Caravage.
Déluge de chefs-d’oeuvre
Un déluge de plus de 80 chefs-d’œuvre (peintures, sculptures, photos, vidéos…) montrant le foisonnement artistique autour d’un texte, un poème épique, Les Métamorphoses, rédigé par Ovide en l’an 8 après Jésus-Christ. Un réservoir de mythes et de symboles qui sont « devenus des acceptions contemporaines dans notre imaginaire qui ne cessent d’être repris et transformés », comme l’explique Francesca Cappelletti, la directrice générale de la Galerie Borghese.
Thématique, la scénographie montre la permanence de ces thèmes. Le mythe de Persée et la terrible Médusa pétrifiant ceux qui osent croiser son regard prend forme autant avec la saisissante statue en bronze d’Aubert Gerhard, Perseus with the Head of Medusa (1585-90), montrant la victoire de Persée, qu’avec Spawn, vidéo-installation de Juul Kraijer (2019), où le visage impassible de l’artiste est entouré de serpents vivants.

Juul Kraijer, dont la photo Untitled (2016) donne à voir un corps humain accolé à une tête de cygne, ouvrant la porte à un autre mythe d’Ovide. Celui-ci narre les amours entre le dieu Jupiter, transformé en cygne pour séduire la princesse Léda. Terreau artistique fertile puisque l’histoire sera reprise de nombreuses fois au fil des siècles. Quelques majestueux exemples sont montrés ici, comme celui de Tosini Michele, dit Michele di Ridolfo del Ghirlandaio, avec Leda (1560-70). Captivante œuvre acrylique où le regard lubrique du cygne frise la perversion…
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Identité mouvante
Partout, les textes d’Ovide parsèment les cartels, offrant un lien précieux entre des œuvres aux antipodes mais traitant d’une même matrice. Exemple avec Narcisse, étourdi par son reflet. Le clair-obscur vertigineux du Narcissus (1597-98) du Caravage dialogue, entre autres, avec la fragmentation sculpturale en bronze poli d’Ossip Zadkine et son Intimité ou Narcisse (1950). Le tout embarquant le visiteur dans une réflexion plus contemporaine que jamais sur notre égocentrisme.
À noter aussi, des détours stimulants comme cette salle consacrée aux variations sur le visage. Y trône l’incontournable Giuseppe Arcimboldo avec plusieurs tableaux, dont le révolutionnaire Empereur Rudolf II en Vertumne (1590), portrait d’une des têtes couronnées les plus importantes de son temps représentée à l’aide de fruits et légumes.
Jouxtant cette salle, un prêt exceptionnel du musée du Louvre : l’Hermaphrodite endormi. Sculpture sans pareil datant du IIe siècle après J.-C., retrouvée à Rome en 1618 et à laquelle l’artiste Gian Lorenzo Bernini ajouta l’oreiller et le matelas sur lesquels repose Hermaphrodite. Une œuvre illustrant un récit d’Ovide et la question de l’identité mouvante au cœur de l’œuvre du poète latin.
Manière de penser le monde
Ultime exemple, pour le présent article, de l’habileté de la présente exposition à tisser des liens, créer des ponts parfois insoupçonnés entre les époques et les disciplines pour mettre en lumière la modernité intacte de ses histoires de transformations — corps qui changent, identités instables, frontières brouillées entre humain, animal et divin.
« Tout change, rien ne périt », dit en substance le texte d’Ovide. Reste tout de même une constante : l’extrême qualité de ces Métamorphoses présentées au Rijksmuseum d’Amsterdam jusqu’au 25 mai, qui ne sont pas seulement un thème artistique, mais une manière de penser le monde.
Guillaume Fournier
Informations pratiques
« Métamorphoses »,
jusqu’au lundi 25 mai,
Rijksmuseum, Amsterdam (NL).