De Virginia Woolf à la bedroom culture, tentative d’épuisement du lieu de création domestique, désormais bousculé par l’invasion des pratiques numériques. « Chambres, ghosts & digitales » Jusqu’au 30 août, au Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA, une proposition tout en ambiances.
On devine le plaisir évident d’Elfi Turpin, directrice du Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA, à présenter sa première exposition sur ce plateau ample à souhait, où le déploiement semble illimité. Toutefois, ne pas s’attendre à une exposition didactique ou thématique. Le point de départ de « Chambres, ghosts & digitales » ? Une interrogation a priori anodine : comment les artistes habitent-ils leur espace de travail domestique et plus encore depuis l’intrusion des outils numériques ?
Virginia Woolf, Beatriz Colomina et les oeuvres de la collection du Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA
Plus d’une lecture a nourri sa démarche. A Room of One’s Own (Une chambre à soi/Un lieu à soi, 1929), essai de Virginia Woolf, Dans ma chambre (1996), roman de Guillaume Dustan, X-Ray Architecture (2019), essai de Beatriz Colomina. Et, bien évidemment, les œuvres de la collection du Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA.
En apparence, la revendication d’un espace pour que s’épanouisse la création rompt avec la traditionnelle notion d’atelier. Dès lors, cette chambre (pas forcément à coucher) devient-elle une control room ? Le lit/le sofa/le divan se transforme-t-il en bureau ? En outre, le rapport au monde n’est-il pas bouleversé depuis que les frontières ont été abolies par Internet, les plateformes, les jeux vidéo en ligne et l’essor des réseaux sociaux ? Lieu du faire ou de la virtualité ?
L’ultra-connexion, l’accès à des univers peuplés d’avatars, la course infinie des technologies ont indéniablement conduit à une nouvelle métaphysique où rêves et espace mental se disputent.
Une traversée de l’intimité
« L’exposition est liée à des expériences avec beaucoup d’installations, convoquant les générations d’artistes, entre pièces historiques et acquisitions récentes. Elle est atmosphérique et ambitionne de flotter », reconnaît Elfi Turpin.
Du Borg (1976) de la plasticienne suisse Heidi Bucher, dont on célèbre le centenaire de la naissance, aux photographies de l’américaine Donna Gottschalk, du diptyque Comment finissent les analyses (1994-1997) de Dominique Gonzalez-Foerster aux tissages végétaux de Marinette Cueco, de la cellule de Laura Lamiel à celle d’Absalon, du lit/coffre de Konstantinos Kyriakopoulos aux sculptures vernaculaires de Seulgi Lee en passant par les vidéos de Nathalie Magnan, ici se révèlent des espèces d’espaces. Démultipliés, fantasmés. Comme une traversée de l’intimité.
Marc A. Bertin
Informations pratiques
« Chambres, ghosts & digitales »,
jusqu’au dimanche 30 août,
Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA, Bordeaux (33).