Jusqu’au 26 avril, les Archives départementales de la Gironde présentent une exposition édifiante mettant en lumière l’histoire sombre du château ducal de Cadillac qui fut pendant 130 ans un lieu d’enfermement de femmes et jeunes filles. Une exposition de mémoire vive.

Derrière l’éclat d’une bâtisse peut se cacher un passé plus sombre. Ainsi, le château ducal de Cadillac, en Gironde (voir aussi édition de décembre), monument hors norme, fut pendant près de 130 ans un centre d’enfermement pour femmes et jeunes filles. Un pan historique, richement détaillé aux Archives départementales de la Gironde avec « Effacées, l’enfermement au féminin au château de Cadillac (1822-1951) », exposition réalisée en partenariat avec le Centre des monuments nationaux et le Fonds régional d’art contemporain Nouvelle-Aquitaine MÉCA

Près de 200 documents, pour la plupart inédits, provenant des Archives, montrent la vie dans ce château, qui fut racheté par l’État en 1818, avant de devenir, à partir de 1822, la première prison pour femmes de France.

Vivre ( ou survivre ) derrière les murs

Mis à part un très rare registre d’écrou couvrant la période entre 1822 et 1826, peu de documents émanant de l’établissement ont traversé le temps jusqu’à nous. Restent les nombreuses archives de la surveillance pénitentiaire, la correspondance du directeur, les actes officiels de la préfecture et de l’État qui suffisent amplement à comprendre le lourd carcan qui s’abat sur les prisonnières. Alimentation, santé, moralisation religieuse… leur quotidien est raconté avec pédagogie et sans fard pour montrer l’inhumanité qui régnait alors. 

Jusqu’en 1891, près de 10 000 prisonnières se succéderont dans cet endroit sinistre, où les maladies n’étaient pas rares et la surmortalité la norme. Un lieu qui n’était pas infaillible comme le montrent les étonnants signalements dressant le portrait-robot de femmes comme Catherine Arrigonde ou Marguerite Payrat ayant réussi à s’évader de cet antre.

Didactique et chronologique, l’exposition, basée sur des documents et des photos d’archives, suit l’histoire du lieu. Celui-ci devient ensuite, de façon saccadée et sous plusieurs formes, une maison de correction pour jeunes filles. Dans cette prison qui ne dit plus son nom, la situation ne semble pas s’améliorer comme le prouve, entre autres, la lecture de la plainte datant de 1906 de Raymond Bœuf, conseiller municipal, alertant sur les conditions de vie du personnel féminin.

Le drame de trop

Il faudra attendre seulement le milieu des années 1940 pour voir une vraie réforme pédagogique à l’œuvre. Une initiative qui se retrouve dans les documents archivés avec par exemple le cahier de travaux d’Odette G., datant de 1946, pour l’obtention de son CAP lingerie broderie.

La parenthèse se referme bien vite avec le drame de trop : le suicide de deux jeunes filles, recluses dans les cachots du château, en 1950 et 1951. Ces événements fermant définitivement la porte de cette maison de correction.

Pour redonner à toutes ces femmes la place qui leur appartient dans notre histoire collective, l’exposition accueille aussi les œuvres d’Agnès Geoffray. Créées dans le cadre d’une résidence d’artiste, en 2021, elles mettent en avant la machine à broyer enclenchée à cette époque. Une entreprise salutaire augmentée par des conférences, spectacles et autres projections pour garder la mémoire vive.

Guillaume Fournier

Informations pratiques

« Effacées, l’enfermement au féminin au château de Cadillac (1822-1951) », jusqu’au dimanche 26 avril, Archives départementales de la Gironde, Bordeaux (33).