Blexbolex, le maestro français — illustrateur, dessinateur, scénariste et plus encore — revient avec Le Temps du capitaine Brett, ouvrage à nul autre pareil, explosant le cadre du livre jeunesse.
Il y a 3 ans, Les Magiciens, succès critique et public, s’imposait comme l’opus magnum d’un auteur, compagnon de route de Cornélius, souvent distingué pour son œuvre hautement singulière comme en 2009 avec le Prix du plus beau livre du monde pour Imagier des gens, publié chez Albin Michel Jeunesse.
Le natif de Douai, revient aux affaires avec un nouveau tour de force en forme d’hommage tant au genre des récits d’aventures richement illustrés qu’au roman d’initiation avec un soupçon de piraterie.
À mi-chemin du conte et de la narration à la première personne
À mi-chemin du conte et de la narration à la première personne, Le Temps du capitaine Brett déjoue superbement le temps et sa perception au profit d’un entrelacs d’épisodes plus proches du songe (du rêve éveillé ?) et du souvenir troublé par le travail facétieux de la mémoire…
Donc, il était une fois, Hyéronimus Perthuis, 12 ans, placé temporairement chez son oncle Timothéus, historien et archiviste, demeurant dans une ville « constituée de vastes maisons aux toitures ventrues et massives ». Un jour, las de sa réclusion, le jeune adolescent s’en va explorer la ville, suivant la rive d’un fleuve d’apparence paisible et y rencontre un fameux équipage : Euryale, jeune fille aux cheveux de jais arborant un masque au teint de porcelaine, un subrécargue félin doué de parole, et le capitaine Piet Brett, fougueux matelot, sans foi ni loi, au visage de mort-vivant.
Élégant prince des ténèbres
Tout aussi terrifiant que séduisant, ce Corto Maltese, revenu des enfers, riche de butins chimériques, va peu à peu hanter le garçon, qui ne cesse de croiser lors de ses pérégrinations cet élégant prince des ténèbres, beau parleur et guide de mondes inconnus.
Tableaux sublimes, exécutés à la gouache, histoires faussement linéaires, Alice au pays des merveilles en vacances chez Fellini, Le Temps du capitaine Brett déploie plusieurs degrés de lecture, délaissant la logique au profit d’un égarement à chaque page. « Le monde s’ouvrait comme un coffre au trésor et je n’avais plus qu’à me baisser pour ramasser toute cette richesse. » Une merveille pour TOUS les enfants et quiconque en a conservé l’âme. Et un cœur battant.
Marc A. Bertin
« All that we see or seem,
Is but a dream within a dream. »
Edgar Allan Poe, 1849
Informations pratiques
Le Temps du capitaine Brett, Blexbolex, Éditions La Partie