Quand Arthur H convie Pierre Le Bourgeois, ce n’est pas pour une tournée classique, plutôt un exercice de re-créations, entre organique et synthétique, spontanéité et contrebande, loin du service après-vente ou de la promotion d’un nouvel album. Le duo s’arrête le 12 mars sur la scène du théâtre Fémina, à Bordeaux. Confessions sur la route.

Comment allez-vous ?

Très bien car je suis en pleine phase de création, ce qui est à la fois excitant et stimulant, tout en constituant une barrière solide face aux angoisses du monde qui nous submergent. Je suis dans une bulle de vie pleine d’air.

Comment se passe la vie sur la route ?

Aujourd’hui, la route, ce n’est plus la grande fête perpétuelle telle qu’elle fut, ponctuée de nuits blanches et de rencontres… C’est devenu sérieux, mais reste encore l’occasion d’une franche camaraderie ; un aspect fort agréable pour un solitaire comme moi. J’apprécie particulièrement cette bonne compagnie.

Toutefois, la journée pour un artiste c’est très intérieur. Pour ma part, j’hiberne, je médite, j’écris de la poésie, je ramasse et soigne mon énergie pour le soir. En outre, nous musiciens, contrairement aux acteurs ou aux danseurs, sommes épuisés par les déplacements continuels. Chaque jour on est ailleurs, et, finalement, nulle part. Aussi, faut-il savoir fermer les écoutilles.

À deux, est-ce mieux qu’en solo ou qu’en groupe ?

En duo, contrairement au couple, ce qui est merveilleux, c’est que chacun a toute sa place, les vibrations se complètent. Je peux m’envoler vocalement, j’ai tout l’espace alors qu’en groupe, j’aurais forcément moins de place. Pierre et moi improvisons beaucoup, notre jeu est devenu instantané. Une espèce de jolie télépathie s’est développée. Désormais, tout ceci est hyperfluide car il y a peu de contraintes.

L’accident sur scène n’est-il pas plus violent quand on se produit seul, sans le groupe comme rempart ?

J’apprécie les accidents sur scène sauf quand retentit le signal d’alarme ! Il est très agréable de se tromper. On emprunte alors des chemins inconnus que l’on soit seul ou accompagné.

Pourquoi Pierre Le Bourgeois ?

Il m’a été imposé par une sombre mafia… Plus sérieusement, à l’origine, je devais tourner en solitaire. Puis à la suite d’une carte blanche, offerte par La Seine musicale, en 2023, pour une création avec l’immense chorégraphe Carolyn Carlson, j’ai spontanément invité Pierre à m’épauler car ne le sentais pas trop d’y aller seul.

Pierre connaît parfaitement le milieu de la danse, ses collaborations de longue date avec Philippe Découflé l’attestent. Au regard de l’alchimie de notre rencontre, je me suis dit que tourner en duo serait beaucoup mieux.

De quoi se compose la set-list ? Un florilège de votre répertoire ?

Pierre a suggéré des chansons que j’avais oubliées, voire que j’avais rarement chantées sur scène. J’écris depuis longtemps, aussi ai-je beaucoup semé derrière moi. Néanmoins, cela procure une grande joie quand quelqu’un retrouve une chanson et a envie de la sortir du placard.

Ces chansons « oubliées » vous rappellent-elles des moments ou des souvenirs particuliers ?

Marouchka, que j’interprète à l’accordéon, me replonge inévitablement à mes débuts en version cabaret rétrofuturiste. Elle me remet dans l’énergie de cette époque pleine de sauvagerie.

Cette tournée abrite aussi un laboratoire pour de nouvelles chansons…

…c’est l’intérêt de la chose. Pendant les balances, on les joue, on les travaille au corps. Les changements sont perpétuels, les arrangements en constante évolution. Je saisis une occasion de travailler inespérée car, d’habitude, je ne dispose pas ce temps. On apprend les choses, on compose sur le vif, mais, à chaque fois, on saute dans l’inconnu ; il y a une spontanéité palpable que l’on tente de s’approprier.

Comment réagit le public face à ses créations ?

Je chante avec le plus d’intensité possible. Le public, lui, a une réaction toujours délirante sur ce qu’il connait et rarement des sentiments aussi forts face à l’inconnu. Néanmoins, je ne me base que sur mon propre plaisir.

Après toutes ces années de carrière plutôt scène ou studio ?

Si je devais choisir, ce serait la scène tant le plaisir y est plus satisfaisant. Faire un disque est un parcours douloureux, long, difficile. Dorénavant, tout est beaucoup plus cher, beaucoup plus compliqué car l’économie du disque a été totalement été bouleversé.

Qui plus est, un album, c’est un rêve, une matière transparente qu’il va falloir tenter de retranscrire. Pour autant, j’apprécie la difficulté. Hélas, quand on a un rêve très pur, il est impossible de le transmuter par magie tel qu’il ; il perdra forcément des plumes et de la lumière. Un album, c’est toujours une opération délicate, une aventure entre facilité et résistance.

En mai 2025, vous avez publié un album de bande dessinée — La solidité du rêve1 — avec Alfred au dessin. Quel souvenir en gardez-vous ?

Celui d’une profonde amitié. Alfred est un grand rêveur et l’on partage beaucoup. Ce ne fut qu’une suite de plaisir et de discussions et, à lui, le plus difficile… avec le sentiment paradoxalement que tout était possible contrairement au cinéma. Je trouve que cet album dégage une réelle poésie.

Propos recueillis par Marc A. Bertin

Informations pratiques

« Autour du soleil », Arthur H & Pierre le Bourgeois,
jeudi 12 mars, 20h,
Théâtre Fémina, Bordeaux (33).

  1. La Solidité du rêve, scénario Arthur H, dessin Alfred, Casterman, 2025.