Tourné dans le fascinant désert de la Tatacoa, en plein cœur de la Colombie, La couleuvre noire n’en est pas moins né en Nouvelle-Aquitaine. Aurélien Vernhes-Lermusiaux en a assuré sa gestation dans la région, avant que son projet ne mue en une production internationale dont l’épicentre est resté Bordeaux.
Les causses du Quercy et la forêt tropicale asséchée de la Colombie. A priori, peu de choses rapprochent ces deux territoires distancés par 8 500 km, un océan, des paysages et des visages différents. Le cinéaste Aurélien Vernhes-Lermusiaux a pourtant construit un pont entre ces deux mondes.
Lien familial et sensoriel
Un lien familial et sensoriel condensé dans l’aventure d’un exode de jeunesse. Celui de ses jeunes années dans un village de 600 habitants du Lot et ses traditions ancrées. Une ruralité vieillissante chahutée par la modernité et délaissée par les jeunes générations.
La Couleuvre noire, qui sort en salle ce mercredi 25 mars, donne un écho à cette réalité en se plongeant dans le désert de la Tatacoa. L’histoire de Ciro, de retour au chevet de sa mère mourante, accompagné dans cette épreuve prématurée par un père monolithique, distant, terrassé par la douleur.
Raconter le Tatacoa
Un deuil en duo pris dans les vents et reliefs de cette nature superbe et inquiétante au cours d’une levée du corps à dos de mule qui ne se passera pas comme prévu. Cette ancienne jungle appelée « désert de la tristesse » par les conquistadors du XVIe siècle, les serpents l’arpentent en maîtres des lieux. Cette mère défunte en a fait des confidents, gardiens d’une vérité sécrète. Un pouvoir de communication qu’elle transmet à son fils, comme un legs inattendu, celui de la possibilité d’une vie dans le désert, reliée à son enfance.
« J’ai découvert cette région durant les repérages de mon film précédent, Vers la bataille en 2019. Les lieux m’ont troublé par leur beauté. Je les ai gardés en moi, ils m’ont irradié », souligne le réalisateur, dont La Couleuvre fut dévoilée d’abord à Cannes, en 2025, dans la section ACID. « Je ne voulais pas utiliser le Tatacoa comme un décor, mais le raconter », souligne-t-il. Aussi s’est-il rapproché d’une équipe locale pour repousser les biais « exotiques » d’une vision occidentalisée.
Comédiens non pros et Tindersticks
Pour amener le projet à bon port, la société de production indépendante bordelaise Dublin Films est apparue comme providentielle. Très attachée à l’Amérique du Sud, elle s’est saisie du film à la suite de la rencontre entre le cinéaste et le producteur David Hurst, au festival de Biarritz Amérique Latine, en 2020. Aurélien Verhnes-Lermusiaux a également pu intégrer le Full Circle Lab, une résidence d’écriture qui plonge les projets rattachés à la Nouvelle-Aquitaine dans un bouillon artistique grâce à la venue de professionnels du milieu. Une résidence condensée à la Maison Forte de Monbalen (47), financée notamment par l’ALCA Nouvelle-Aquitaine, l’agence de soutien aux mondes du livre et de l’audiovisuel portée par la Région.
Une large partie de l’équipe de tournage est issue de la région de la Tatacoa, les comédiens en majorité non professionnels, dont l’antihéros principal, donnent un peu plus de corps au récit. En point d’orgue, la musique des indestructibles Tindersticks, habitués à concevoir les bandes originales de Claire Denis, habite cette Couleuvre qui « vous mettra définitivement la joie au cœur, la peine aussi et c’est bon ».
Thibault Clin
Informations pratiques
La Couleuvre noire, d’Aurélien Vernhes-Lermusiaux, (France, 1h25),
sortie le 25 mars 2026
Projections spéciales programmées en présence du réalisateur
- 25 mars, 19h, Cinéma Utopia, Bordeaux (33)
- 9 avril, 20h30, salle Michel Legrand, Saint-Palais (64)
- 10 avril, 20h30, Getari Enea, Guéthary (64)
- 14 avril, 20h30, Le Méliès, Melle (79)
- 15 avril, 20h30, La Lanterne, Bègles (33)
- 16 avril, 20h30, L’Odyssée, Casteljaloux (47)
- 17 avril, 21h, Le Vog, Bazas (33)
- 29 avril, 20h, Monpon-Menestrol (24)