À Rurart, Suzanne Husky concilie création contemporaine et médiation scientifique pour traiter le chaos climatique sous l’angle de la réparation. Une exposition explorant les solutions fondées sur la nature, s’inscrivant dans une action de portée par le Frac Poitou-Charentes et ses partenaires.
Forte d’une exceptionnelle ingéniosité destructrice, l’humanité s’est affranchie des alliances naturelles pour dompter son environnement. Un véritable succès récompensé par le dérèglement que l’on connaît. De cette désunion des dynamiques inter-espèces, naquit une ribambelle de rejetons dont la détérioration des cours d’eau qui, à elle seule, impacte profondément les sols, la faune et la flore.
Un exposé de culture scientifique qui n’en a pas l’air
En réponse, Suzanne Husky propose de délaisser la technologie des hommes au profit de la méthode low tech des castors. À la clé : ré-hydrater et re-biodiversifier. Car avec leurs barrages, ces rongeurs ralentissent les cours d’eau, façonnent des sols éponges capables de résister aux aléas et favorisent le retour du vivant.
Avec ses éclairantes aquarelles, l’artiste sensibilise au propos. Son ambition : provoquer des chantiers de Médecine Castor. Des actions réparatrices menées dans un strict accompagnement scientifique. Car la rigueur est bel et bien là dans l’approche des sujets. Aux cimaises : l’histoire illustrée des alliances inter-espèces depuis les temps profonds jusqu’à leur destruction ; des coupes des lits de rivière ; des schémas des cycles de l’eau et des bienfaits des barrages… Un parfait exposé de culture scientifique mais qui n’en a jamais tout à fait l’air. Entre planche naturaliste et scène narrative, les aquarelles transforment le savoir environnemental en récit visuel. Malgré la technicité du sujet, il s’en dégage une fausse naïveté qui happe le regard et sert avec force l’ambition du propos.
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Dans l’imaginaire collectif, la perspective écologique est dominée par le récit alarmiste. Rien de tel ici. Enfin si, la dystopie environnementale, nous la vivons maintenant. Les peintures le montrent : les terres moribondes brûlent et les villes imperméables se noient. Mais, dans leurs chronologies prospectives avec chantiers castor, les aquarelles envisagent des lendemains habités d’une riche diversité. De quoi rattraper celles et ceux que les projections anxiogènes font fuir. De quoi, aussi, nous interroger sur nos capacités à penser le futur : sommes-nous à ce point abonnés au biais de la catastrophe qu’il nous empêche d’imaginer la joie de la réparation ? En tout cas, les castors sont de retour au travail. Regardez bien, ces ouvriers signent le bois de leurs mordantes incisives.
Hélène Dantic
Informations pratiques
« Médecine Castor, pour des alliances inter-espèces face au chaos climatique », Suzanne Husky, jusqu’au dimanche 14 juin, lycée agricole Xavier Bernard, Rouillé (86).